dimanche 10 janvier 2010

De retour

Je suis repartie; seule.

À l’aéroport, une fois les bagages enregistrés, nous avons pris un verre. Le vin passait mal, après les excès de la veille. Que dire, pendant ces dernières minutes que nous passons ensemble? À peu près tout semble banal et je tais le reste pour ne pas faire sauter la borne-fontaine.

Au moment de passer en zone internationale, nous nous sommes embrassés encore plus fort que la dernière fois. J’ai pleuré encore plus fort que la dernière fois.

Je me sens vide, drainée par les larmes. Je tire de mon sac L’Almanach des exils, un achat impulsif fait mercredi dernier. En ressortant du Renaud-Bray de l’avenue du Parc, je l’ai trouvé sans l’avoir cherché; j’ai été charmée par la couverture, puis par le principe.  Avec lui, j’emporte un peu de Montréal  avec moi. Et puis il me donne le goût d’écrire.

Avant même le décollage, je gâche mon souper avec le muffin son bleuets framboises acheté chez Java U. Je n’ai pas pu résister à l’envie de me payer un dernier vrai muffin avant le départ, mais il me déçoit : il est trop sucré, il goûte le gâteau – précisément ce que je reproche aux muffins parisiens – et après coup, il me donne mal au ventre.

Je me sens encore moins sociable qu’à l’habitude (c’est tout dire). Le pauvre garçon d’Ottawa que j’ai pour voisin tente à trois reprises d’engager la conversation. Mes réponses laconiques et mon regard fuyant finissent par l’en décourager. Sa bonne tête d’anglo, sa bonne humeur type moniteur de camp de vacances et sa chemise turquoise m’irritent. (À l’atterrissage, d'ailleurs, il ne se retournera pas vers moi, ne me souhaitera pas bon séjour, et ce sera très bien ainsi.)

On nous annonce que le trajet durera deux heures de plus que prévu. Mauvais temps quelque part? Je crains de ne pas arriver à temps pour passer au supermarché avant midi, l’heure de fermeture dominicale des commerces alimentaires. Les vendeurs de pommes chez qui je me procurais mon sac hebdomadaire de Jonagored en automne seront-ils toujours au marché de la place Monge?

Ce qui me manque déjà (à part mon Amour) : les crochets derrière les portes des toilettes publiques, la musique dans les cafés et les restos, la lumière dure des matins de froid, la lumière douce des matins de neige, la chaleur dans le métro quand il fait froid dehors, notre salle de bain, notre sofa, notre cuisine, le lit recouvert de la catalogne offerte par Maman et qu’elle m’avait emmenée choisir chez la mamie qui l’a tissée, à Courcelles. 

Sur le sol d’Île-de-France, il y a un peu de neige accumulée dans les herbages. On dirait les traces d’un grand dégât de sucre balayé à la hâte. 

Retour à ma vie parisienne.  Le bon côté : cette fois, je n’ai pas à m’adapter, à m’installer, à créer de nouveaux repères. Le moins bon : je n’ai pas droit à l’excitation d’une nouvelle expérience pour calmer le déchirement au cœur.




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