J'ai atteint le 3e Rataud à midi moins cinq, en retenant difficilement les larmes. Pas le temps de passer chez Franprix. Heureusement, il me restait un petit contenant de lait UHT pour le café du lendemain. J'ai foncé au marché, en bonne partie pour me réconforter. Les monsieurs des pommes y étaient. C'était bon d'être reconnue, saluée. Je n'étais jamais allée aussi tard au marché; les files étaient interminables. J'ai eu amplement le temps de manger une grosse Jonagored avant que mon tour arrive au mon stand de fruits et légumes bio que je préfère. J'ai pris les indispensables bananes, de quoi me faire des salades, des légumes pour une chaudrée de courge.
Ma grande casserole a disparu. Ma copine D, que j'avais invitée à se servir de mon modeste attirail de cuisine et de ma chambre pendant mon absence, se confond en excuses: elle se l'est fait voler, de même que son nouveau mélangeur et quelques aliments. Toujours aussi sympas, les Normaliens. Dommage pour ces potages que nous nous réjouissions tellement de nous préparer cet hiver. Il me faudra aussi racheter une casserole, qui sera nécessairement plus chère que la première, payée 8 euros (si je me souviens bien) dans un vide-grenier: ce n'est plus la saison des vide-greniers et je vais devoir investir dans du neuf. Tant pis.
Ce qui est particulièrement douloureux, ce sont les traces et les souvenirs de notre vie à deux ici: les tiroirs et les tablettes qu'il utilisait, maintenant vides; le futon acheté pour son séjour, que je n'ai plus besoin de déplier.
Après une sieste et un peu de lecture, j'arrivais à peu près à parler sans trémolos dans la voix. J'avais tout de même juste envie de me terrer, seule avec mon chagrin. D a bien fait de m'inciter à sortir. Grâce à elle et au petit italien du coin, j'ai tout de même passé une bonne soirée.
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