Le soir, pour me calmer l'esprit et trouver le sommeil, j'ai l'habitude de me repasser mentalement le film de la journée écoulée, en insistant sur ses aspects positifs. C'est un peu cucul, je le concède, mais ça marche: je ne me rends jamais à la fin de la journée.
Il y a quelques jours, la tête sur l'oreiller, j'ai remplacé ce petit bilan quotidien par une réflexion du même type sur l'année qui s'achève ce soir.
Et je n'en suis tout simplement pas revenue.
En 2010, j'ai passé à peu près la moitié de l'année à l'étranger.
J'ai vécu à Paris et à Montréal.
J'ai visité Strasbourg, Lille (très brièvement), le Médoc; Mexico et l'État de Oaxaca.
Ce voyage au Mexique était mon premier voyage "dans le Sud".
J'ai couru un demi-marathon.
J'ai mangé des sauterelles.
J'ai bu des vins grandioses, parmi les meilleurs du monde, notamment des Lafite Rothchild, des Château Margaux, des Château d'Yquem.
J'ai dîné (soupé) à la table d'un baron et j'ai même eu une courte conversation mondaine avec lui.
J'ai réussi mon examen préliminaire de doctorat.
J'ai acheté un mélangeur sur socle (ne riez pas: dans la vie d'une maniaque de pâtisserie et de boulangerie maison comme moi, c'est toute une étape).
J'ai rencontré des gens nouveaux, dont certains (B., J., O.) sont devenus des amis chers.
J'ai fait deux gâteaux de noces. plus une dizaine de gâteaux d'anniversaires.
Je me suis mariée.
J'ai commencé à travailler comme tutrice à la Téluq.
J'ai soumis une proposition de conférence dans le cadre d'un séminaire prestigieux à l'ÉNS et elle a été acceptée.
J'ai accepté le poste de secrétaire de rédaction d'une revue électronique de littérature qui sera lancée en 2011.
J'ai conçu la maquette de cette revue.
J'en oublie sûrement, mais j'ai sommeil. Une petite sieste avant d'aller rejoindre les amis, question de saluer dignement ce soir la fin de cette année grandiose.
vendredi 31 décembre 2010
lundi 22 novembre 2010
Délier la routine
Depuis quelques jours, je m'aperçois que les routines anciennes ne me conviennent plus. Même les moments qui me plaisaient dans mes habitudes -- la balade du midi au café ou au marché, la cuisine à deux du dimanche -- me laissent insatisfaite et un peu triste. Le boulot commence trop tard, mais je ne veux plus utiliser le réveil-matin et il est difficile de me passer de mon lever en douceur avec radio, café, vaisselle, puis Internet, puis course, puis petit déjeuner. Les périodes de travail sont frustrantes; les pauses culpabilisantes. Une impression d'impuissance, aussi, comme si j'étais un personnage de dessin animé qui s'agite follement pour échapper à un géant qui le retient nonchalamment, le pouce et l'index refermés sur son chandail.
Je cherche autre chose. Pas facile de défaire les habitudes, d'en reprendre d'autres. Je suis tentée de balancer toute routine, tout horaire. Saurais-je quand même être productive?
*****
Quand je suis déprimée, triste, stressée, encolérée, je m'en veux: non mais si ça a du sens, quand on est tellement comblée, quand on a tellement tout!
Et dès que je me sens mieux, dès qu'une bouffée de bonheur me tire vers le haut, je crains d'être maniaco-dépressive.
Je cherche autre chose. Pas facile de défaire les habitudes, d'en reprendre d'autres. Je suis tentée de balancer toute routine, tout horaire. Saurais-je quand même être productive?
*****
Quand je suis déprimée, triste, stressée, encolérée, je m'en veux: non mais si ça a du sens, quand on est tellement comblée, quand on a tellement tout!
Et dès que je me sens mieux, dès qu'une bouffée de bonheur me tire vers le haut, je crains d'être maniaco-dépressive.
samedi 20 novembre 2010
Un samedi de novembre
Nous nous levons étonnamment tard, même pour un samedi. Premier café et vaisselle de lendemain de réception. J'imagine que les invités ne me croient pas quand je les en assure, au moment de décliner leur offre d'aide et de leur souhaiter bonne nuit, mais c'est vrai: j'aime bien rincer les verres et les glisser dans leur support, essuyer les grandes assiettes, ranger les casseroles, l'assiette à pied, secouer la nappe en repensant à la soirée de la veille.
C'était notre première "soirée vin" depuis mon retour de Paris (!). Soirée merlot, avec ces trois vins. Après la dégustation, j'ai servi ceci. Je m'étais même lancée pour la première fois dans une recette de Julia Child avec, question de faire bien français, des pommes de terre purée (moi qui n'en cuisine pratiquement jamais!). Franchement, tout était très bon. Le gâteau aussi, dont les accents portugais se sont plutôt bien mariés avec les canneberges locales, version compote.
Nous finissons la vaisselle juste à temps pour filer à ce resto si près de chez nous qu'il est ridicule que nous n'y soyions jamais allés. Les plats sont tout juste corrects, mais qu'importe, quand il y a B. et son rire, Jo. et ses anecdotes, les premiers sourires de leur toute-petite, du soleil et du café à volonté.
Dissoute, la volonté de passé mon samedi après-midi à travailler pour compenser la journée d'hier passée dans la cuisine. Direction Musée McCord, pour voir une expo qui me motive à reprendre l'appaeil-photo, une autre qui me fait m'extasier (pauvres gardiens qui doivent se taper des petits cris attendris à la semaine longue) et un bout de leur exposition permanente sur Montréal. J'ai beaucoup d'affection pour ce petit musée à la fois éducatif et documenté, professionnel mais chaleureux. À chaque visite, je découvre de nouveaux morceaux du Montréal passé, plus anglais, à la fois plus pauvre par bouts et plus scintillant par d'autres, avec ses vies que j'ai peine à m'imaginer mais que je peux quand même relier à la nôtre, à ce que la ville est devenue. À chaque visite, avec chaque morceau que je découvre, que j'absorbe, Montréal devient un peu plus mienne, et moi un peu plus montréalaise.
C'était notre première "soirée vin" depuis mon retour de Paris (!). Soirée merlot, avec ces trois vins. Après la dégustation, j'ai servi ceci. Je m'étais même lancée pour la première fois dans une recette de Julia Child avec, question de faire bien français, des pommes de terre purée (moi qui n'en cuisine pratiquement jamais!). Franchement, tout était très bon. Le gâteau aussi, dont les accents portugais se sont plutôt bien mariés avec les canneberges locales, version compote.
Nous finissons la vaisselle juste à temps pour filer à ce resto si près de chez nous qu'il est ridicule que nous n'y soyions jamais allés. Les plats sont tout juste corrects, mais qu'importe, quand il y a B. et son rire, Jo. et ses anecdotes, les premiers sourires de leur toute-petite, du soleil et du café à volonté.
Dissoute, la volonté de passé mon samedi après-midi à travailler pour compenser la journée d'hier passée dans la cuisine. Direction Musée McCord, pour voir une expo qui me motive à reprendre l'appaeil-photo, une autre qui me fait m'extasier (pauvres gardiens qui doivent se taper des petits cris attendris à la semaine longue) et un bout de leur exposition permanente sur Montréal. J'ai beaucoup d'affection pour ce petit musée à la fois éducatif et documenté, professionnel mais chaleureux. À chaque visite, je découvre de nouveaux morceaux du Montréal passé, plus anglais, à la fois plus pauvre par bouts et plus scintillant par d'autres, avec ses vies que j'ai peine à m'imaginer mais que je peux quand même relier à la nôtre, à ce que la ville est devenue. À chaque visite, avec chaque morceau que je découvre, que j'absorbe, Montréal devient un peu plus mienne, et moi un peu plus montréalaise.
dimanche 23 mai 2010
Balade pentecostale II - Rive Droite
Mon objectif de départ - autrement dit: le prétexte de la balade, puisqu'il m'en faut un - était les Champs-Élysés, recouverts de plantes et d'arbres pendant la nuit par les Jeunes agriculteurs français.
D'autres choses jolies croisées en chemin...
Rue Saint-Honoré
Des cordes de gros billots nous accueillaient sur les Champs, le long de la portion encore ouverte à la circulation.
Des oeuvres d'art se cachaient entre les billots
Après la foresterie, le potager:
Il y avait aussi des stands tenus par des associations d'agriculteurs de chaque région de France.C'était bondé, je n'ai pas eu le courage de m'approcher. Et puis le Salon de l'agriculture, j'ai eu beau adorer, j'ai déjà donné.
Je crois que le monsieur, il faisait du jus de pommes. Peut-être du cidre, éventuellement. En tout cas, selon la rumeur, il pressait des pommes.
Effort de joliesse jusque sur le tronc des lampadaires. Paris, le sais-tu que je t'aime?
Mais c'est ensuite que c'est devenu vraiment impressionnant:
J'allais oublier les moutons! (Eh oui, il y avait des pauvres bêtes qui se faisaient rôtir sous leur laine ou leur fourrure - y avait aussi des vaches, et d'autres enclos dont je ne me suis pas approchée.)
*****
Plus que 17 nuits parisiennes, pour le meilleur et pour le pire.
Balade pentecostale I - Rive Gauche
Il y longtemps que je suis venue faire un tour ici. Toujours la même histoire: quand je rédige le jour, le soir je me change les idées. Et le dimanche, je mets le nez dehors. Tiens, dimanche dernier, je me suis rendue à pied jusqu'à la place Colette pour voir le premier volet de Mystère Bouffe à la Comédie française avec un ami du CRIST. Cette série de contes scato-religieux m'a fait rire aux larmes. J'ai bien hâte de voir voir le second volet demain soir.
Ensuite, nous avons jasé longuement autour d'un kir, sur une terrasse juste à côté du théâtre et nous sommes repartis à pied.
C'est souvent dans les rues des villes que j'aime, et dans leurs cafés (bon oui, d'accord, aussi dans leurs marchés) que je me sens le plus heureuse.
Aujourd'hui, le saviez-vous chez Québécois qui me lisez, c'est la Pentecôte. Ce qui signifie bien sûr que demain, ce sera le congé du lundi de la Pentecôte. Et jeudi de la semaine précédente, c'était l'Ascension - fériée elle aussi. Avec "pont" le lendemain (c'est-à-dire congé - on va quand même pas rentrer travailler juste une journée, non mais!). Je ne me suis jamais sentie aussi connectée avec mon calendrier religieux que depuis que je travaille/étudie dans le pays qui a décrété la séparation des Églises et de l'État en 1905. Quatre fériés (pas tous religieux, j'en conviens) en moins d'un mois. Je ne m'en plains pas (ou à peine), je m'étonne. Parce que c'est sans compter les deux semaines de vacances à Pâques, les vacances de ski en février ou mars selon les régions, les vacances de Noël, les vacances d'automne et les vacances estivales (neuf semaines pour les écoliers, pour les travailleurs ça varie).
*****
Tout ceci pour dire qu'en ce beau dimanche de Pentecôte qui se prenait pour un jour d'été, j'ai fait une longue balade dans Paris, appareil-photo en main.
J'ai remonté la rue d'Ulm...
... puis j'ai pris à gauche, rue Pierre et Marie Curie. Il y a de jolis édifices sur cette rue.
J'ai remonté la rue Saint-Jacques vers le Luxembourg...
J'ai contourné le jardin et j'ai piqué à travers le VIe arrondissement, direction Seine.
Je suis toujours ravie de découvrir des panneaux ou des gravures toponymiques anciens. Il m'arrive assez souvent d'en découvrir au détour d'une rue, dans ce quartier.
Allez, je triche un peu: en voici d'autres, photographiés tout près, mais dimanche dernier et non ce matin:
Mais revenons à ce matin. Près de la place du Québec, je me suis arrêtée devant cette librairie pour croquer une pomme. (Aucun lien entre la librairie et la pomme, je vous conte ma vie, c'est tout.)
J'ai ralenti place Saint-Germain-des-Près. On n'échappe pas au mythe, si galvaudé qu'il soit.
wer
Rue Bonaparte
wer
Tiens, un petit space invader.
Enfin je crois - il est moins élaboré qu'à l'habitude et il ne figure pas sur la carte.
Parmi les rares commerces ouverts le dimanche, et un dimanche "de fête", qui plus est: quelques bouquinistes des quais de Seine
;lk
Sur le pont des Arts, que j'ai pourtant emprunté plusieurs fois, j'ai remarqué pour la première fois ces cadenas, peut-être parce qu'ils rutilaient au soleil de midi.
(La suite dans un autre billet, parce que celui-ci devient décidément trop long.)
dimanche 9 mai 2010
Les cinq sens, avec un peu de retard
Si je n'ai pas publié ce billet le vendredi, comme je le fais habituellement, c'est en partie à cause de ma connection Internet (à l'ÉNS, nous avons souvent du mal à nous connecter à tout ce qui relève de Google, et Blogger en fait partie), et parce que j'ai hésité sur les sensations à relever. Devaient-elles nécessairement être agréables? J'ai conclu que de préférence, oui, mais que l'essentiel était qu'elles aient marqué la semaine. Et j'avoue que celle-ci a été pénible, pour différentes raisons.
Voici donc la sélection sensorielle de la semaine, marquée par un court séjour à Lille à la faveur d'un colloque où j'ai eu le plaisir d'y retrouver mes collègues et amis du CRIST.
Entendre: le bruit d'explosion qui nous a donné une bonne frousse, à É. et à moi, quelques minutes avant le départ du train, en Gare du Nord. Nous avons quitté le wagon en état de choc, certaines qu'il s'agissait d'une bombe. Heureusement, ce n'était qu'une sorte de gros beigne en caoutchouc entre notre wagon et le précédent (une partie de la suspension, peut-être?) qui avait éclaté. Le personnel a rapidement dirigé les passagers vers le train suivant, qui était évidemment bondé, mais qui nous a tout de même permis d'arriver à temps au colloque.
Voir: le vieux Lille, si charmant avec son architecture flamande (dans la mesure où je peux en juger), très ornée, aux couleurs riches.
Goûter: le welsh, un hybride ch'ti entre le croque-madame hexagonal et le welsh rarebit d'outre-Manche: pain imbibé de bière, jambon, fromage local (dont j'ai oublié le nom) en abondance, le tout passé au four et surmonté d'un oeuf miroir.
Toucher: à Lille, ma sensation tactile dominante a été le froid. Il faisait moins de dix degrés et le tout chauffage avait été coupé dans les édifices. Résultat: même avec mon manteau, mon foulard et l'aide des petites chaufferettes installées le second jour, j'avais les ongles bleus et mes genoux claquaient. Je me sentais comme au camp d'été, quand il y a une vague de froid et qu'on n'a qu'un seul chandail de laine dans ses bagages.
Sentir: je n'ai pas été marquée par une odeur en particulier, à Lille. J'en profite donc pour mentionner l'odeur de "mon café parisien", grand petit plaisir quotidien depuis plusieurs mois. Ce café n'a rien de très raffiné, c'est un arabica mexicain bio de la marque maison du Monoprix qui me coûte dans les deux euros le sachet. Mais pour moi, il sent la France. Le grain moulu, non infusé, me rappelle mes premiers séjours parisiens. J'ignore pourquoi, puisque les copines chez qui j'ai habité alors n'achetaient pas le même. Le plastique du sachet qui donnerait une odeur particulière au grain, peut-être? En tout cas: chaque matin, je prends une grande inspiration, le nez juste au-dessus du sachet, avant d'y puiser deux cuillerées comble pour mon infusion, et je me rappelle que je suis à Paris.
(Le grand décompte commence: je repars dans exactement un mois.)
Voici donc la sélection sensorielle de la semaine, marquée par un court séjour à Lille à la faveur d'un colloque où j'ai eu le plaisir d'y retrouver mes collègues et amis du CRIST.
Entendre: le bruit d'explosion qui nous a donné une bonne frousse, à É. et à moi, quelques minutes avant le départ du train, en Gare du Nord. Nous avons quitté le wagon en état de choc, certaines qu'il s'agissait d'une bombe. Heureusement, ce n'était qu'une sorte de gros beigne en caoutchouc entre notre wagon et le précédent (une partie de la suspension, peut-être?) qui avait éclaté. Le personnel a rapidement dirigé les passagers vers le train suivant, qui était évidemment bondé, mais qui nous a tout de même permis d'arriver à temps au colloque.
Voir: le vieux Lille, si charmant avec son architecture flamande (dans la mesure où je peux en juger), très ornée, aux couleurs riches.
Goûter: le welsh, un hybride ch'ti entre le croque-madame hexagonal et le welsh rarebit d'outre-Manche: pain imbibé de bière, jambon, fromage local (dont j'ai oublié le nom) en abondance, le tout passé au four et surmonté d'un oeuf miroir.
Toucher: à Lille, ma sensation tactile dominante a été le froid. Il faisait moins de dix degrés et le tout chauffage avait été coupé dans les édifices. Résultat: même avec mon manteau, mon foulard et l'aide des petites chaufferettes installées le second jour, j'avais les ongles bleus et mes genoux claquaient. Je me sentais comme au camp d'été, quand il y a une vague de froid et qu'on n'a qu'un seul chandail de laine dans ses bagages.
Sentir: je n'ai pas été marquée par une odeur en particulier, à Lille. J'en profite donc pour mentionner l'odeur de "mon café parisien", grand petit plaisir quotidien depuis plusieurs mois. Ce café n'a rien de très raffiné, c'est un arabica mexicain bio de la marque maison du Monoprix qui me coûte dans les deux euros le sachet. Mais pour moi, il sent la France. Le grain moulu, non infusé, me rappelle mes premiers séjours parisiens. J'ignore pourquoi, puisque les copines chez qui j'ai habité alors n'achetaient pas le même. Le plastique du sachet qui donnerait une odeur particulière au grain, peut-être? En tout cas: chaque matin, je prends une grande inspiration, le nez juste au-dessus du sachet, avant d'y puiser deux cuillerées comble pour mon infusion, et je me rappelle que je suis à Paris.
(Le grand décompte commence: je repars dans exactement un mois.)
samedi 1 mai 2010
Le 1er mai, fête des travailleurs... et du muguet
C'est le 1er mai, fête des manifestations travailleurs. Pour l'occasion, à peu près tout est fermé, sauf les cinémas et les cafés.
J'ignore s'il y a un lien entre les deux traditions, mais le 1er mai est aussi un jour où les Français offrent un petit bouquet de muguet à ceux qu'ils aiment. Aujourd'hui, à tous les deux ou trois coins de vue, quelqu'un est posté avec son seau, son panier ou sa table garnis de petites clochettes odorantes. On dit que ces fleurs portent bonheur pour l'année à venir.
Vous en voulez un peu?
Rue Mouffetard
Près de l'entrée du métro Censier
Place des Gobelins
J'ignore s'il y a un lien entre les deux traditions, mais le 1er mai est aussi un jour où les Français offrent un petit bouquet de muguet à ceux qu'ils aiment. Aujourd'hui, à tous les deux ou trois coins de vue, quelqu'un est posté avec son seau, son panier ou sa table garnis de petites clochettes odorantes. On dit que ces fleurs portent bonheur pour l'année à venir.
Vous en voulez un peu?
Rue Mouffetard
Près de l'entrée du métro Censier
Place des Gobelins
vendredi 30 avril 2010
Vendredi des cinq sens
Oui, je sais, j'ai sauté une semaine. C'est que la semaine dernière, mes sens ont singulièrement manqué de stimulation. À part les fleurs du jardin du Luxembourg (mais je me suis dit que vous deviez commencer à vous lasser de me lire pavoiser avec mon printemps parisien), mon paysage a essentiellement ressemblé à ceci:
Je l'aime bien, cette bibliothèque. Ces deux dernières semaines, je m'y suis trouvée à l'aise pour travailler. Mais pas de quoi en faire une chronique des plaisirs sensoriels.
Samedi midi, j'ai finalement envoyé à ma directrice une première version du fameux chapitre de thèse sur lequel je travaille depuis les Fêtes. Ce n'est pas très bon et j'ai peur des commentaires que je dois recevoir d'un jour à l'autre, mais comme je me dis, c'est une version bêta.
En après-midi, j'ai pris mon appareil-photo et la direction de Belleville, pour une très agréable balade. Je compte mettre les photos en ligne, mais comme en témoigne l'absence, des mois plus tard, des photos promises de nos voyages à à Lausanne, Barcelone et Strasbourg, je ne suis pas très bonne à ce chapitre. Bref, Belleville = coup de coeur instantané. Et le lendemain, j'ai passé un très agréable apéro avec M. et quelques amis au dans l'herbe au parc des Buttes Chaumont. Une fin de semaine XIXe arrondissement, quoi!
Il y a quelques semaines, D. m'a demandé dans quel quartier de Paris j'habiterais, si j'avais le choix. J'avais été bien embêtée de répondre. Maintenant je sais: le XIXe.
Place, maintenant, au vendredi des cinq sens.
Voir: le soleil qui descend sur les Buttes Chaumont par un beau dimanche d'avril qui se prend pour un bout d'été
Entendre: des chants d'oiseaux inconnus, place de l'Estrapade
Sentir: le parfum estival du plant de basilic que j'ai acheté au supermarché
Goûter: le premier cornet de l'été, à la Pâtisserie de l'Église, juste en face de l'église de Belleville. Deux boules, vanille et passion, légères en texture mais riches en saveurs.
Toucher: la sensation du soleil et du vent sur mes mollets, mes bras, mes clavicules, agréable mais qui me donne une drôle de sensation de nudité, de vulnérabilité.
Je l'aime bien, cette bibliothèque. Ces deux dernières semaines, je m'y suis trouvée à l'aise pour travailler. Mais pas de quoi en faire une chronique des plaisirs sensoriels.
Samedi midi, j'ai finalement envoyé à ma directrice une première version du fameux chapitre de thèse sur lequel je travaille depuis les Fêtes. Ce n'est pas très bon et j'ai peur des commentaires que je dois recevoir d'un jour à l'autre, mais comme je me dis, c'est une version bêta.
En après-midi, j'ai pris mon appareil-photo et la direction de Belleville, pour une très agréable balade. Je compte mettre les photos en ligne, mais comme en témoigne l'absence, des mois plus tard, des photos promises de nos voyages à à Lausanne, Barcelone et Strasbourg, je ne suis pas très bonne à ce chapitre. Bref, Belleville = coup de coeur instantané. Et le lendemain, j'ai passé un très agréable apéro avec M. et quelques amis au dans l'herbe au parc des Buttes Chaumont. Une fin de semaine XIXe arrondissement, quoi!
Il y a quelques semaines, D. m'a demandé dans quel quartier de Paris j'habiterais, si j'avais le choix. J'avais été bien embêtée de répondre. Maintenant je sais: le XIXe.
Place, maintenant, au vendredi des cinq sens.
Voir: le soleil qui descend sur les Buttes Chaumont par un beau dimanche d'avril qui se prend pour un bout d'été
Entendre: des chants d'oiseaux inconnus, place de l'Estrapade
Sentir: le parfum estival du plant de basilic que j'ai acheté au supermarché
Goûter: le premier cornet de l'été, à la Pâtisserie de l'Église, juste en face de l'église de Belleville. Deux boules, vanille et passion, légères en texture mais riches en saveurs.
Toucher: la sensation du soleil et du vent sur mes mollets, mes bras, mes clavicules, agréable mais qui me donne une drôle de sensation de nudité, de vulnérabilité.
mercredi 21 avril 2010
En attendant
Parce que cette semaine, je suis submergée par la thèse, parce qu'après toute une journée à écrire icelle, je n'en peux plus de pianoter sur le clavier.
Et parce que c'est Rufus.
Et parce que c'est Rufus.
vendredi 16 avril 2010
Vendredi des cinq sens
Voir: les fleurs partout, magnolias, pommiers, poiriers, muguet, lilas, tulipes et tant d'autres dont je ne connais pas le nom... et la lumière fraîche qui filtre à travers le feuillage des marronniers sur la rue l'Abbé de l'Épée, sur la rue Érasme et au Luxembourg.
Entendre: les bruits pour touches de clavier d'Ommwriter, en particulier le numéro 6, comme des gouttes d'eau dans une caverne.
Goûter: le vin blanc du Domaine Binner (Alsace), opulent mais équilibré par une touche d'acidité et une pointe d'amertume. En plein mon genre de vin, d'autant plus savoureux que je l'ai bu à mon cher Café de la Nouvelle-Maire.
Sentir: les odeurs de début d'été dont se charge déjà l'air de Paris.
Toucher: l'oreiller parfaitement ferme et volumineux que m'É m'a prêté pour l'année.
mardi 13 avril 2010
lundi 12 avril 2010
Un coup sec
J'ai choisi les adieux arrachage de diachylon, épilation à la cire, saut dans l'eau froide les yeux fermés. Parce qu'en matière d'adieux comme de retrait de machins collés à l'épiderme ou de saucette dans une piscine sans thermopompe, plus lentement, c'est juste douloureux plus longtemps. Pas moins intensément.
Après un mini souper avalé en vitesse (la balade au stand à journaux avait pris plus longtemps que prévu), j'ai décrété que c'était le temps d'y aller et j'ai appelé un taxi. Les adieux, à moitié dans le couloir de l'appartement, à moitié sur le trottoir pendant le chargement des valises, ont été intenses mais brefs. Avant que je ne m'en rende compte, c'était fait. Nous étions séparés de nouveau.
Deux coins de rues plus loin, sur la banquette de cuir noir, je me surprends à reprendre un accent franchouillard et je dois me concentrer pour parler vraiment québécois. Comme pour me distraire, le chauffeur - haïtien? - me pose des questions. Rien de trop personnel, il a bien saisi que le terrain est à éviter. Plutôt avions, voyages, Paris, transports. C'est efficace.
Tout s'est passé très vite et très aisément. L'aéroport était étonnamment calme et, du coup, le personnel détendu. Et moi aussi. J'aime me balader dans les boutiques d'aéroport, lire des jaquettes de livres de poche, feuilleter des magazines, tester des parfums, m'asseoir au bar avec vue sur la piste pour siroter un verre de vin trop cher en gossant sur mon ordinateur, pour une fois sans me sentir coupable.
Après avoir finalement récupérée ma grande valise, livrée sur le tapis du vol de Casablanca (!), c'est un Paris tout en fleurs et en feuilles que je retrouve. Il ne fait pas très chaud, à peine plus qu'à Montréal, mais c'est le printemps dans toute son abondance, lilas, tulipes et magnolias.
Je suis étonnée de l'aisance avec laquelle je renfile ma vie parisienne, comme le manteau de printemps qu'on ressort du placard après quelques mois de remisage et d'oubli. Il faut dire qu'il est plus agréable de rentrer un jour d'avril ensoleillé qu'un gris dimanche de janvier. J'ai l'impression d'être partie il y a des mois, mais les habitudes réembrayent d'elles-mêmes. La douche en gougounes, les toilettes partagées. Passage à la bibliothèque* puis à la poste, virée au Carrefour Market de la rue Monge, un extra en forme de crêpe de sarrasin sur la rue Mouffetard.
Le courriel de J m'ébranle, sinon jusqu'à maintenant, j'échappe au sentiment d'être un greffon que le grand corps parisien tente de rejeter.
*Stupéfaction de Nord-Américaine du jour: un livre que j'avais emporté avec moi au Québec a été rappelé par un autre usager la semaine dernière et depuis, la bibliothèque de l'ÉNS m'envoie un courriel quotidien pour exiger son retour. Je m'attendais à une amende pas possible (à McGill et à l'UdeM, si je me souviens bien, chaque jour de retard pour un livre réservé par quelqu'un d'autre coûte deux dollars). Mais non! La préposée m'assure qu'une petite semaine de retard, c'est rien du tout, que certains livres ne reviennent jamais, sinon avec un ou deux ans de retard parfois, alors...
(Mais s'il n'y a pas d'amende, pas étonnant que les livres ne reviennent pas, non??)
Après un mini souper avalé en vitesse (la balade au stand à journaux avait pris plus longtemps que prévu), j'ai décrété que c'était le temps d'y aller et j'ai appelé un taxi. Les adieux, à moitié dans le couloir de l'appartement, à moitié sur le trottoir pendant le chargement des valises, ont été intenses mais brefs. Avant que je ne m'en rende compte, c'était fait. Nous étions séparés de nouveau.
Deux coins de rues plus loin, sur la banquette de cuir noir, je me surprends à reprendre un accent franchouillard et je dois me concentrer pour parler vraiment québécois. Comme pour me distraire, le chauffeur - haïtien? - me pose des questions. Rien de trop personnel, il a bien saisi que le terrain est à éviter. Plutôt avions, voyages, Paris, transports. C'est efficace.
Tout s'est passé très vite et très aisément. L'aéroport était étonnamment calme et, du coup, le personnel détendu. Et moi aussi. J'aime me balader dans les boutiques d'aéroport, lire des jaquettes de livres de poche, feuilleter des magazines, tester des parfums, m'asseoir au bar avec vue sur la piste pour siroter un verre de vin trop cher en gossant sur mon ordinateur, pour une fois sans me sentir coupable.
Après avoir finalement récupérée ma grande valise, livrée sur le tapis du vol de Casablanca (!), c'est un Paris tout en fleurs et en feuilles que je retrouve. Il ne fait pas très chaud, à peine plus qu'à Montréal, mais c'est le printemps dans toute son abondance, lilas, tulipes et magnolias.
Je suis étonnée de l'aisance avec laquelle je renfile ma vie parisienne, comme le manteau de printemps qu'on ressort du placard après quelques mois de remisage et d'oubli. Il faut dire qu'il est plus agréable de rentrer un jour d'avril ensoleillé qu'un gris dimanche de janvier. J'ai l'impression d'être partie il y a des mois, mais les habitudes réembrayent d'elles-mêmes. La douche en gougounes, les toilettes partagées. Passage à la bibliothèque* puis à la poste, virée au Carrefour Market de la rue Monge, un extra en forme de crêpe de sarrasin sur la rue Mouffetard.
Le courriel de J m'ébranle, sinon jusqu'à maintenant, j'échappe au sentiment d'être un greffon que le grand corps parisien tente de rejeter.
*Stupéfaction de Nord-Américaine du jour: un livre que j'avais emporté avec moi au Québec a été rappelé par un autre usager la semaine dernière et depuis, la bibliothèque de l'ÉNS m'envoie un courriel quotidien pour exiger son retour. Je m'attendais à une amende pas possible (à McGill et à l'UdeM, si je me souviens bien, chaque jour de retard pour un livre réservé par quelqu'un d'autre coûte deux dollars). Mais non! La préposée m'assure qu'une petite semaine de retard, c'est rien du tout, que certains livres ne reviennent jamais, sinon avec un ou deux ans de retard parfois, alors...
(Mais s'il n'y a pas d'amende, pas étonnant que les livres ne reviennent pas, non??)
Des fraises en avril
Me voici de retour après l'intermède montréalais.
Au supermarché, j'ai été toute excitée - dans la mesure où j'arrive à être excitée un lendemain de vol transatlantique de nuit - de trouver des fraises françaises.
Mais celles-ci sont... espagnoles. Juste au-dessus de la caisse de GARIGUETTES DE FRANCE, comme le clamait fièrement l'affichette, se trouvait une plus petite caisse de fraises qui avaient pour elles 1- d'être bio et 2- d'avoir meilleure mine. Mais je n'avais pas vu la mention minuscule sur l'emballage: "origine: Espagne".
C'est qu'à ce que je sache, en France, les fraises espagnoles sont à l'agriculture ce que le plombier polonais est au prolétariat.
Oups.
vendredi 12 mars 2010
Les vendredis des cinq sens (plus un)
J'ai découvert cet exercice charmant sur le blogue Abby try again. Il consiste à relever les sensations marquantes de la semaine écoulée. J'aime cette façon de revisiter le temps qui vient de passer.
Voir: toutes ces races de moutons, de chèvres, de porcs et (surtout, mes préférées:) de vaches au Salon de l'Agriculture.
Goûter: les légumes rôtis et glacés au gingembre que j'ai cuisinés hier à partir des légumes reçus dans le panier hebdomadaire que je partage avec D. Légumes caramélisés, beurre, miel, gingembre frais. Qui a besoin d'arguments supplémentaires?
Humer: le vin blanc 2008 de Daumas Gassac (Languedoc) dégusté au Club d'oenologie mercredi soir. Dans le verre, les arômes évoluaient à une vitesse incroyable: d'abord très floral (jasmin, rose, un peu de pêche blanche) avec une touche de minéralité, puis de plus en plus minéral, il a finalement développé des notes d'agrumes. Surprenant.
Écouter: "Dreams", des Cranberries. J'ai redécouvert ce groupe il y a quelques jours. Je n'ai pas trop aimé l'adolescence, je n'ai pas la nostalgie des années 1990 (pour dire le moins), mais étrangement, la musique des Cranberries, et "Dreams" en particulier, reste associée à des sentiments agréables.
Toucher -- ou plutôt être touchée: par le soleil sur ma peau, quand je sors au café le midi, après une demi-journée de souffrance devant l'ordinateur. Les dix derniers jours (sauf aujourd'hui), il a fait grand soleil. Tant pis pour la vague de froid qui l'a accompagné, quel bonheur après des mois de grisaille!
Et la sensation bonus, inclassable mais incontournable -- "ressentir", disons: les muscles de mes jambes, quelques heures après l'effort. Une douce fatigue mélangée au goût de repartir, la sensation d'être un bon cheval qui a fait son boulot.
Voir: toutes ces races de moutons, de chèvres, de porcs et (surtout, mes préférées:) de vaches au Salon de l'Agriculture.
Goûter: les légumes rôtis et glacés au gingembre que j'ai cuisinés hier à partir des légumes reçus dans le panier hebdomadaire que je partage avec D. Légumes caramélisés, beurre, miel, gingembre frais. Qui a besoin d'arguments supplémentaires?
Humer: le vin blanc 2008 de Daumas Gassac (Languedoc) dégusté au Club d'oenologie mercredi soir. Dans le verre, les arômes évoluaient à une vitesse incroyable: d'abord très floral (jasmin, rose, un peu de pêche blanche) avec une touche de minéralité, puis de plus en plus minéral, il a finalement développé des notes d'agrumes. Surprenant.
Écouter: "Dreams", des Cranberries. J'ai redécouvert ce groupe il y a quelques jours. Je n'ai pas trop aimé l'adolescence, je n'ai pas la nostalgie des années 1990 (pour dire le moins), mais étrangement, la musique des Cranberries, et "Dreams" en particulier, reste associée à des sentiments agréables.
Toucher -- ou plutôt être touchée: par le soleil sur ma peau, quand je sors au café le midi, après une demi-journée de souffrance devant l'ordinateur. Les dix derniers jours (sauf aujourd'hui), il a fait grand soleil. Tant pis pour la vague de froid qui l'a accompagné, quel bonheur après des mois de grisaille!
Et la sensation bonus, inclassable mais incontournable -- "ressentir", disons: les muscles de mes jambes, quelques heures après l'effort. Une douce fatigue mélangée au goût de repartir, la sensation d'être un bon cheval qui a fait son boulot.
jeudi 11 mars 2010
Choses lues
(dans l'Église Saint-Séverin)
"Ah, songea le patron en esquissant un rictus amer, s'ils pouvaient tous être comme ça!"
(Au cas où vous en douteriez, je sais bien que ce n'est pas le sens que le mec voulait donner à son ex-voto. N'empêche que sur le coup, le double sens m'a fait éclater de rire.)
*****
Au terminal 3 de l'aéroport Charles-de-Gaulle:
"L'accès de la salle de livraison bagages par cette porte est interdit conformément à l'article 37 de l'arrêté 05-04-979 du 7/11/05. Sanction encourues: 750E pour une personne physique, 7500E pour une personne morale"
(Je suis peut-être particulièrement cruche, mais dix jours plus tard, je n'ai toujours pas compris comment une personne morale pouvait s'introduire dans une salle de livraison bagages. Quelqu'un peut m'expliquer?)
*****
Au bas du menu de Fish la Boissonnerie: "Nous n'acceptons pas les billets de 500E (sauf pourboire)".
mardi 9 mars 2010
lundi 8 mars 2010
Mission accomplie (comme dit Clo)!
Ces derniers jours, je regrettais de m'être inscrite. J'étais tendue, anxieuse, j'avais peur de ne pas y arriver, de faire un mauvais temps. Et surtout, je ne comprenais plus pourquoi je m'imposais cette course. Qu'est-ce que j'avais donc à me prouver?
À Paris, le matin de ce dimanche 7 mars est très froid pour la saison: -2 degrés, un vent mordant du nord-est: de 20 à 30 km/h, des rafales jusqu'à 60. Le "froid" ne me pose aucun problème, mais c'est le genre de vent qui me fait râler même quand il s'agit simplement de mes dix kilomètres habituels, alors pour 21... Heureusement qu'il y a ce tout ce soleil; c'est déjà ça. Dans ma petite thurne, c'est le déjeuner, l'habillage, l'installation des puces électroniques à nos chaussures et l'épinglage du dossard. Le tout dans avec une fébrilité croissante. Clo semble plus en contrôle que moi. Il faut dire qu'elle a l'habitude du sport de compétition, alors c'est mon tout premier trac causé par le sport.
Dès le quai du RER, d'autres coureurs attentent le train comme nous. À chaque station, d'autres s'ajoutent. Un train de coureurs en route vers le semi-marathon de Paris. Peu à peu, mon anxiété devient une excitation plus joyeuse.
Plus d'un kilomètre sépare la station de RER Château de Vincennes, où nous descendons, de l'édifice où nous pouvons laisser nos sacs en consigne. Habillées pour la course et non pour la marche, nous avons froid, d'autant plus que nous n'avions pas compris que les "t-shirts" de plastique qu'on nous a remis avec le dossard devaient précisément servir à nous protéger du vent avant le départ... nous les avions pris pour des imperméables, alors nous les avons laissés à l'ÉNS. L'entrée de l'édifice est mal indiquée, entrée et sortie se confondent; c'est la bousculade. Nous devons jouer des coudes pour nous frayer un chemin vers notre vestiaire.
Après la consigne, quelques étirements et un dernier passage aux toilettes, nous atteignons le sas juste à temps pour le départ de notre vague. Par précaution, nous nous sommes inscrites toutes les deux dans le groupe le plus lent, celui des coureurs qui visent un temps de 2h10 ou plus.
Ce départ sans vrai signal - nous ne faisons que suivre le meneur de vague - me déstabilise un peu, mais à l'approche du portail de départ, à partir duquel mon temps de parcours officiel sera calculé à l'aide du machin fixé à ma chaussure gauche, je suis au bord des larmes. Pas de tristesse, plutôt d'émotion, d'intensité. Nous sommes 27 000 à prendre ce départ!
Nous entamons la course sans trop nous presser, attentives à ne pas trébucher sur les coupe-vent de plastique que plusieurs coureurs balancent apparemment n'importe où après leur départ. Trois ou quatre kilomètres plus loin, je quitte Clo pour prendre ma vitesse confort. Tant pis si je dois ralentir pendant les derniers kilomètres. Je ne veux pas me défoncer inutilement, mais si je ne cours pas assez vite (c'est relatif, hein: je fais 11,2 km/h en moyenne au cours de la course), je me sens désagréablement lourde. Alors je prends à ma vitesse habituelle et puis tant pis pour la suite. Et là, je m'amuse vraiment. Ma musique - fidèle iPod! - m'entraîne et me colle le sourire au visage: de la trame sonore de Slumdog Millionaire à Mylène Farmer, en passant par Plastik Bertrand, Katerine, Les Trois Accords, Madonna, Feist, Louise Attaque, Violent Femmes, Survivor ("Eye of the Tiger", of course! mais au kilomètre 15, c'est presque dangereux), Yann Perreau, Les Breastfeeders, Jean Leloup , The Cure et j'en passe. Sans compter les spectateurs qui nous encouragent le long des rues, qui crient parfois mon prénom, inscrit sur mon dossard. Certains sont costumés; il y a aussi des pompiers postés sur et autour de leur camion, des petits orchestres qu'il fait plaisir d'entendre pendant quelques minutes, un groupe qui fait courir une tour Eiffel d'environ un mètre de hauteur, portée par l'un d'entre eux. Rue de Rivoli, je remarque une jolie robe dans la vitrine des Filles à la Vanille; il me faudra y retourner.
Aux kilomètres 5, 10 et 15, on distribue de l'eau et des quartiers d'orange. Je passe tout droit au premier poste de ravitaillement, mais aux deux suivants, j'attrape une bouteille, prends quelques gorgées en ralentissant un peu, puis balance le contenant dans une poubelle. Je n'ai pas l'habitude de boire sans m'arrêter; ça ne passe pas très bien.
Comme j'ai été un peu trop conservatrice dans l'estimation de ma vitesse au moment de m'inscrire, je passe l'essentiel de ma course à doubler d'autres coureurs. D'un côté, c'est excellent pour le moral; de l'autre, je gaspille pas mal de foulées, donc d'énergie et de temps, à louvoyer sur le parcours. Mais c'est une partie de la compétition, une autre partie de la course avec laquelle je dois apprendre à composer.
Finalement, le vent me dérange assez peu et il a l'avantage de sécher immédiatement la sueur. À part une crampe persistante au petit doigt gauche (!) et quelques pincements à la poitrine vers la fin (j'avoue qu'ils m'ont causé un brin d'inquiétude, mais mon pouls n'est pas si rapide, alors je m'y fais et ils finissent par disparaître), le tout se déroule sans douleur et dans la bonne humeur.
Sauf les derniers mètres.
Deux ou trois cent mètres avant la fin, je me sens encore plutôt énergique, alors je me lance dans un sprint. Mais environ trente mètres avant le fil d'arrivée, je dois stopper net. Comme tous ceux qui m'entourent. J'arrête immédiatement mon chrono; j'essaie de comprendre ce qui se passe. La rumeur me parvient : le retrait des puces électroniques a lieu juste derrière le portail d'arrivée, les bénévoles ne suffisent pas à la tâche et les coureurs doivent attendre. Un bouchon, avant même d'avoir terminé!
Entre cet arrêt brusque et le moment où j'ai réellement franchi le fil d'arrivée, il s'écoule une dizaine de minutes. Et je le traverse à vitesse de tortue, coincée au milieu d'une foule compacte et qui râle comme seule une foule parisienne sait râler (bon, je l'avoue: moi aussi, je râle). Nos chronos officiels n'auront donc que peu à voir avec nos temps réels de parcours. Mais surtout: pas de franchissement glorieux en hurlant. Pas de sentiment d'avoir tout donné jusqu'à la dernière seconde. Décevant. Très décevant.
Tout de même: une fois la fameuse puce remise, la médaille de participation reçue, Clo retrouvée tout près de la consigne, je suis extatique. Complètement droguée aux endorphines, j'ai encore envie de sauter partout. La satisfaction et la fierté sont immenses. Il me semble que la course s'est passée tellement vite! 1:54:38 - au moment où j'ai dû m'arrêter, du moins. Je suppose que j'aurais officiellement terminé juste au-dessous d'1h55, si j'avais pu courir jusqu'au fil d'arrivée.
1h55, c'était justement mon objectif secret, celui que j'avouais à peine à moi-même (sans parler des autres!), de peur de faillir. Je l'ai atteint; j'avoue que je suis maintenant assez tentée de le dépasser. Je l'avais lu dans le guide de course que Julien m'a offert pour Noël sans trop y croire: participer à ce genre d'événement créerait une dépendance. Je commence à être d'accord. J'ai envie de me réinscrire, dans d'autres villes - quelle chouette raison de voyager! -, surtout pour vivre à nouveau ce gros trip d'adrénaline et d'endorphines, et peut-être tenter de faire mieux.
Sur le chemin du retour, je me sens pour la première fois officiellement une coureuse, une vraie. Et après trois années de doctorat à sentir quotidiennement mon insuffisance, mon incompétence, mon imposture, ces sentiment d'accomplissement et de fierté me font le plus grand bien.
Merci, Clo, de m'avoir entraînée dans cette course et d'y avoir été avec moi; c'était tellement mieux à deux, c'était tellement agréable avec toi!
dimanche 28 février 2010
Fragments de février
Ce matin, les vents de Xynthia m'ont empêchée de dormir à force de faire claquer mes volets. Des vents comme j'en avais rarement subis: la pire tempête en France depuis celle de 1999. Des inondations, une cinquantaine de morts. En plus des claquements et des sifflements, il y avait dans le fond de l'air une sorte de grondement, comme le tonnerre en permanence, au loin. C'était un dimanche un peu triste, après une semaine de températures très douces et un peu plus de soleil. Le jet d'eau du bassin aux Ernest et la fontaine de la place de la Sorbonne ont été réactivés. En plus des petites fleurs roses dans certains arbres du Luxembourg, les crocus fleurissent et j'ai même vu des jonquilles toutes frêles dans une plate-bande. Le matin, un vent chaud réveille les odeurs du Paris de mes premières visites, le Paris printanier: du buis, bien sûr, une touche de caoutchouc et surtout une odeur minérale et humide, un peu poussiéreuse mais réconfortante. Peut-être parce qu'elle est celle de vacances passées. Une odeur dont je sais déjà qu'elle me soulèvera l'estomac de bonheur lors de mes prochaines visites.
(Le soulèvement de l'estomac n'est peut-être pas une sensation que tous associent spontanément avec le bonheur, mais moi si. Un certain type de soulèvement d'estomac, en tout cas.)
***
Au fil du blogue, je m'en aperçois: les récits, c'est pas mon fort. Je préfère les listes, les moments choisis, les bribes de souvenirs. Voici donc quelques fragments de février.
Un lundi midi, dans ma boîte postale, je trouve une enveloppe blanche, format carte de voeux, accompagnée de trois ou quatre cartons de même taille, vierges eux aussi. Mystère.
J'ai enfin noté la composition du fameux mélange d'épices pour pain d'épices, que demandent tant de recettes françaises: cannelle, anis vert, gingembre, muscade, girofle.
Au fil d'une conversation avec J, nous concluons que la meilleure façon de décrire la nuance de jaune de mon fameux nouveau pull est probablement jaune moutarde, plutôt que jaune d'oeuf. Le lendemain, je songe que le signifié de "jaune moutarde" change considérablement entre Montréal et Paris. (C'est jaune moutarde nord-américaine, pour le coup.)
Un samedi, dans une chouette librairie tout en bas de la rue Mouffetard où j'entre pour la première fois, nous sommes surpris par une panne d'électricité. Quelques personnes entonnent les premières notes de "Joyeux anniversaire", visiblement pour rigoler. Petit choc culturel: l'association noirceur - anniversaire m'est complètement étrangère.
Ce même après-midi, le 13, j'achète mes premières Pléiades (un grand moment, dans une vie de littéraire) : les oeuvres complètes de Roger Martin du Gard. Usagées, mais en excellent état. C'était dans une petite librairie de la rue Claude-Bernard, tout près de l'ÉNS, une vraie caverne d'Ali-Baba comme on les rêve, à l'éclairage jaune et timide, à peine plus grande que ma thurne et chargée de piles de livres qui ne sont classés que dans la tête du libraire. (Désolée, Jacques: pas de pastiches de Sherlock Holmes ici. Je dois continuer de chercher).
Au fil du mois, quelques épingles se sont ajoutées à ma carte de Paris:
- le Porte-Pot, un bar à vin très sympa: pierre, poutres apparentes, trame sonore de vieux jazz, longue liste de vins au verre et tapas à la française (charcuteries, fromages, petites assiettes garnies d'entrées ou de bouchées) à partager entre amis.
- le Verre volé, où j'ai soupé avec S, une amie suisse de passage à Paris. Une dizaine de tables sur lesquelles on indique les réservations à l'aide de bons vieux post-it, une ambiance conviviale, une cave très bien garnie. La galantine de lapin farcie au foie gras était excellente, le service un peu raide mais souriant (ce qui excuse bien des choses).
- Sadahuru Aoki, qui offre des chocolats et des pâtisseries de type français - entremets, éclairs, macarons, croissants... - mais aux saveurs du Japon: matcha surtout, sésame, yuzu et autres. Je n'ai pas goûté les chocolats, mais les macarons étaient délicats, en saveurs comme en textures. Mon préféré: celui au genmaicha. Et c'est tout près de l'ÉNS, en plus.
- Gérard Mulot, un pâtissier qui fait de très bons macarons (et autres, j'imagine, mais il faudra y retourner pour savoir). Parmi ceux que j'ai goûtés, celui à la noix de coco était l'idéal du macaron incarné; ceux à la noisette et au caramel salé étaient très bons, avec la fine croûte craquante et le coeur moelleux souhaités. Fruit de la passion - basilic, j'ai aimé le mariage de saveurs, mais c'était trop sucré à mon goût. Celui au chocolat et romarin était bien intense, mais un peu chiche en ganache, et celui au chocolat tout court était très sec.
- Delyan, un salon de thé assez étudiant qui offre l'Internet sans fil (prononcer: "ouifi"), denrée précieuse ici (salon de thé que j'appelle en fait "Deylan" depuis un mois, je viens tout juste de m'en apercevoir - ça s'attrape à l'âge adulte, la dyslexie?).
- Au Père Louis, bar à vin et resto pas trop loin de l'ÉNS, pour changer du Café de la Nouvelle-Mairie de temps en temps (même si je préfère de loin ce dernier).
- L'Avant-Comptoir, un bar à tapas minuscule avec une super ambiance et des petits mets savoureux. On y sert un macaron au boudin noir décadent et des vins à prix doux. Avec D, nous y sommes restées à bavarder, grignoter et boire pendant près de quatre heures, sans voir le temps passer.
En somme: le mois des macarons, auxquels j'ai finalement succombé après plusieurs mois à snober ces petites pâtisseries tellement à la mode, et du vin. Et je compte bien poursuivre l'exploration dans les deux domaines.
Les macarons de Gérard Mulot
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