lundi 12 avril 2010

Un coup sec

J'ai choisi les adieux arrachage de diachylon, épilation à la cire, saut dans l'eau froide les yeux fermés. Parce qu'en matière d'adieux comme de retrait de machins collés à l'épiderme ou de saucette dans une piscine sans thermopompe, plus lentement, c'est juste douloureux plus longtemps. Pas moins intensément.

Après un mini souper avalé en vitesse (la balade au stand à journaux avait pris plus longtemps que prévu), j'ai décrété que c'était le temps d'y aller et j'ai appelé un taxi. Les adieux, à moitié dans le couloir de l'appartement, à moitié sur le trottoir pendant le chargement des valises, ont été intenses mais brefs. Avant que je ne m'en rende compte, c'était fait. Nous étions séparés de nouveau.

Deux coins de rues plus loin, sur la banquette de cuir noir, je me surprends à reprendre un accent franchouillard et je dois me concentrer pour parler vraiment québécois. Comme pour me distraire, le chauffeur - haïtien? - me pose des questions. Rien de trop personnel, il a bien saisi que le terrain est à éviter. Plutôt avions, voyages, Paris, transports. C'est efficace.

Tout s'est passé très vite et très aisément. L'aéroport était étonnamment calme et, du coup, le personnel détendu. Et moi aussi. J'aime me balader dans les boutiques d'aéroport, lire des jaquettes de livres de poche, feuilleter des magazines, tester des parfums, m'asseoir au bar avec vue sur la piste pour siroter un verre de vin trop cher en gossant sur mon ordinateur, pour une fois sans me sentir coupable.


Après avoir finalement récupérée ma grande valise, livrée sur le tapis du vol de Casablanca (!), c'est un Paris tout en fleurs et en feuilles que je retrouve. Il ne fait pas très chaud, à peine plus qu'à Montréal, mais c'est le printemps dans toute son abondance, lilas, tulipes et magnolias.

Je suis étonnée de l'aisance avec laquelle je renfile ma vie parisienne, comme le manteau de printemps qu'on ressort du placard après quelques mois de remisage et d'oubli. Il faut dire qu'il est plus agréable de rentrer un jour d'avril ensoleillé qu'un gris dimanche de janvier. J'ai l'impression d'être partie il y a des mois, mais les habitudes réembrayent d'elles-mêmes. La douche en gougounes, les toilettes partagées. Passage à la bibliothèque* puis à la poste, virée au Carrefour Market de la rue Monge, un extra en forme de crêpe de sarrasin sur la rue Mouffetard.

Le courriel de J m'ébranle, sinon jusqu'à maintenant, j'échappe au sentiment d'être un greffon que le grand corps parisien tente de rejeter.



*Stupéfaction de Nord-Américaine du jour: un livre que j'avais emporté avec moi au Québec a été rappelé par un autre usager la semaine dernière et depuis, la bibliothèque de l'ÉNS m'envoie un courriel quotidien pour exiger son retour. Je m'attendais à une amende pas possible (à McGill et à l'UdeM, si je me souviens bien, chaque jour de retard pour un livre réservé par quelqu'un d'autre coûte deux dollars). Mais non! La préposée m'assure qu'une petite semaine de retard, c'est rien du tout, que certains livres ne reviennent jamais, sinon avec un ou deux ans de retard parfois, alors...  
 (Mais s'il n'y a pas d'amende, pas étonnant que les livres ne reviennent pas, non??)

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