Ce matin, les vents de Xynthia m'ont empêchée de dormir à force de faire claquer mes volets. Des vents comme j'en avais rarement subis: la pire tempête en France depuis celle de 1999. Des inondations, une cinquantaine de morts. En plus des claquements et des sifflements, il y avait dans le fond de l'air une sorte de grondement, comme le tonnerre en permanence, au loin. C'était un dimanche un peu triste, après une semaine de températures très douces et un peu plus de soleil. Le jet d'eau du bassin aux Ernest et la fontaine de la place de la Sorbonne ont été réactivés. En plus des petites fleurs roses dans certains arbres du Luxembourg, les crocus fleurissent et j'ai même vu des jonquilles toutes frêles dans une plate-bande. Le matin, un vent chaud réveille les odeurs du Paris de mes premières visites, le Paris printanier: du buis, bien sûr, une touche de caoutchouc et surtout une odeur minérale et humide, un peu poussiéreuse mais réconfortante. Peut-être parce qu'elle est celle de vacances passées. Une odeur dont je sais déjà qu'elle me soulèvera l'estomac de bonheur lors de mes prochaines visites.
(Le soulèvement de l'estomac n'est peut-être pas une sensation que tous associent spontanément avec le bonheur, mais moi si. Un certain type de soulèvement d'estomac, en tout cas.)
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Au fil du blogue, je m'en aperçois: les récits, c'est pas mon fort. Je préfère les listes, les moments choisis, les bribes de souvenirs. Voici donc quelques fragments de février.
Un lundi midi, dans ma boîte postale, je trouve une enveloppe blanche, format carte de voeux, accompagnée de trois ou quatre cartons de même taille, vierges eux aussi. Mystère.
J'ai enfin noté la composition du fameux mélange d'épices pour pain d'épices, que demandent tant de recettes françaises: cannelle, anis vert, gingembre, muscade, girofle.
Au fil d'une conversation avec J, nous concluons que la meilleure façon de décrire la nuance de jaune de mon fameux nouveau pull est probablement jaune moutarde, plutôt que jaune d'oeuf. Le lendemain, je songe que le signifié de "jaune moutarde" change considérablement entre Montréal et Paris. (C'est jaune moutarde nord-américaine, pour le coup.)
Un samedi, dans une chouette librairie tout en bas de la rue Mouffetard où j'entre pour la première fois, nous sommes surpris par une panne d'électricité. Quelques personnes entonnent les premières notes de "Joyeux anniversaire", visiblement pour rigoler. Petit choc culturel: l'association noirceur - anniversaire m'est complètement étrangère.
Ce même après-midi, le 13, j'achète mes premières Pléiades (un grand moment, dans une vie de littéraire) : les oeuvres complètes de Roger Martin du Gard. Usagées, mais en excellent état. C'était dans une petite librairie de la rue Claude-Bernard, tout près de l'ÉNS, une vraie caverne d'Ali-Baba comme on les rêve, à l'éclairage jaune et timide, à peine plus grande que ma thurne et chargée de piles de livres qui ne sont classés que dans la tête du libraire. (Désolée, Jacques: pas de pastiches de Sherlock Holmes ici. Je dois continuer de chercher).
Au fil du mois, quelques épingles se sont ajoutées à ma carte de Paris:
- le Porte-Pot, un bar à vin très sympa: pierre, poutres apparentes, trame sonore de vieux jazz, longue liste de vins au verre et tapas à la française (charcuteries, fromages, petites assiettes garnies d'entrées ou de bouchées) à partager entre amis.
- le Verre volé, où j'ai soupé avec S, une amie suisse de passage à Paris. Une dizaine de tables sur lesquelles on indique les réservations à l'aide de bons vieux post-it, une ambiance conviviale, une cave très bien garnie. La galantine de lapin farcie au foie gras était excellente, le service un peu raide mais souriant (ce qui excuse bien des choses).
- Sadahuru Aoki, qui offre des chocolats et des pâtisseries de type français - entremets, éclairs, macarons, croissants... - mais aux saveurs du Japon: matcha surtout, sésame, yuzu et autres. Je n'ai pas goûté les chocolats, mais les macarons étaient délicats, en saveurs comme en textures. Mon préféré: celui au genmaicha. Et c'est tout près de l'ÉNS, en plus.
- Gérard Mulot, un pâtissier qui fait de très bons macarons (et autres, j'imagine, mais il faudra y retourner pour savoir). Parmi ceux que j'ai goûtés, celui à la noix de coco était l'idéal du macaron incarné; ceux à la noisette et au caramel salé étaient très bons, avec la fine croûte craquante et le coeur moelleux souhaités. Fruit de la passion - basilic, j'ai aimé le mariage de saveurs, mais c'était trop sucré à mon goût. Celui au chocolat et romarin était bien intense, mais un peu chiche en ganache, et celui au chocolat tout court était très sec.
- Delyan, un salon de thé assez étudiant qui offre l'Internet sans fil (prononcer: "ouifi"), denrée précieuse ici (salon de thé que j'appelle en fait "Deylan" depuis un mois, je viens tout juste de m'en apercevoir - ça s'attrape à l'âge adulte, la dyslexie?).
- Au Père Louis, bar à vin et resto pas trop loin de l'ÉNS, pour changer du Café de la Nouvelle-Mairie de temps en temps (même si je préfère de loin ce dernier).
- L'Avant-Comptoir, un bar à tapas minuscule avec une super ambiance et des petits mets savoureux. On y sert un macaron au boudin noir décadent et des vins à prix doux. Avec D, nous y sommes restées à bavarder, grignoter et boire pendant près de quatre heures, sans voir le temps passer.
En somme: le mois des macarons, auxquels j'ai finalement succombé après plusieurs mois à snober ces petites pâtisseries tellement à la mode, et du vin. Et je compte bien poursuivre l'exploration dans les deux domaines.
Les macarons de Gérard Mulot


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