vendredi 15 janvier 2010

Jeudi et vendredi

Jeudi.
Le soleil se montre enfin. Le manteau se déboutonne et les gants prennent congé.
Je ravale mon envie d’être méchante avec la secrétaire médicale, qui prend visiblement très mal ma méprise d’hier. À force d’excuses, j’obtiens un nouveau rendez-vous, à une demi-heure d’avis. Quand je m’y présente, elle m’indique clairement la porte devant laquelle je dois attendre… porte qui au final n’est pas la bonne (je ne suis pas parano : elle se venge!). Heureusement, le Dr. Phan est drôle et gentil. Il m’apprend que j’ai une jambe légèrement plus longue que l’autre. C'est peut-être ce qui explique pourquoi je me sens souvent un peu de travers dans mes postures de yoga? Rien pour m’empêcher de courir le semi-marathon, cependant.
La galette que j’apporte à l’apéro-souper chez É est délicieuse. La pâte goûte bon le bon beurre français, la frangipane est délicatement parfumée au rhum. É trouve la fève en forme de vache et a droit à la couronne de carton doré.


Vendredi.
            Gris de nouveau, mais je ne m’en plains pas trop : janvier au-dessus de zéro, c’est déjà pas mal.
Je peux de nouveau enfiler ma bague de fiançailles, une première depuis la presque foulure que je me suis infligée en la retirant de force, dimanche, les doigts encore gonflés par l’avion. Du coup, je me sens moins loin de Julien.
Je me suis aperçue ce matin que la date du mariage fait 2-10-2010, et à l’anglaise 10-2-10. Ça me plaît.


           

mercredi 13 janvier 2010

Un peu mieux

Il a encore saupoudré, cette nuit.
Au réveil, je me souviens à peine que juste avant d’aller au lit, je me suis bouclé un petit voyage à Strasbourg pour la fin du mois. Trains et hôtel en quelques clics.
Matin sans course. J’en profite pour aller chercher des petits trucs granos chez Biocoop, un magasin d’aliments bio que j’avais remarqué, rue de la Glacière. Il est plus loin que je ne me souvenais – d’autant plus que j’avais oublié qu’à partir d’ici, la rue s’appelle d’abord Berthollet puis de la Glacière; j’ai donc marché trop loin sur Claude-Bernard et j’ai dû revenir sur mes pas. Du coup, je me mets au travail plus tard que prévu.
Test : puis-je travailler à la chambre? C’est mieux qu’hier et lundi, en tout cas. Assise sur le futon, avec ma tasse de thé, c’est un peu comme quand je travaille dans le salon, à Montréal.
Je retourne au Café de la Nouvelle-Mairie, avec ses serveurs à l’air poète, selon J, et son beau zinc. Depuis mon retour, c’est ma première visite dans ce café/bar à vin/bistrot qui était devenu notre QG parisien. La noisette arrive peu après les bonjours, sans que je l’aie commandée. Ça me fait toujours un petit velours. Un jeune Japonais qui porte un masque à grippe traverse la jolie mais tristement nommée place de l’Estrapade.
Juste avant d’aller chez le médecin afin de compléter le certificat de santé exigé pour le semi-marathon de Paris, je vérifie l’heure du rendez-vous. Merde. Ce n’était pas à « heures 15 », comme je l’avais compris (15h), mais le « 13 JANVIER 2010 09
HEURES 15 » : 9h15. Ce matin. Manqué. Courriel d’excuses (pas le goût d’aller me faire engueuler en personne) et demande d’un nouveau rendez-vous.
            Je crois que j’abandonne les cours d’allemand : j’ai manqué les quatre dernières séances, d’abord parce que j’étais en Espagne, puis au Québec, et aujourd’hui, il y a examen… sur la matière des quatre dernières semaines. Inutile que je m’y pointe.  Dans un cours pour débutants, tout ça me fera un retard pratiquement irrécupérable. Je ne renonce pas à apprendre l’allemand pour autant, mais j’avoue que les séances me pesaient. Ça ne me branche plus du tout d’apprendre une langue dans une salle de classe.
            Ce soir, je renoue avec le club d’œnologie : soirée Château Palmer. Le Château Palmer Margaux 2001 est un bijou. J’en profite : c’est pas demain la veille que je vais en boire de nouveau.

mardi 12 janvier 2010

Sainte Marguerite Bourgeoys et sainte Tatiana

Côté météo, c'est égal depuis mon arrivée: temps doux à mes yeux et froid pour les Français : il fait environ zéro degré, ciel couvert. La neige résiste, mais de peine, à la fonte.
À la bibliothèque, l’une de mes places préférées est libre: une table isolée, dans la salle très récente, celle avec la moquette violet, les colonnes de béton apparent et les chaises faux Philippe Stark. C'est là que je m'installe, tant pis pour les calorifères. Aujourd’hui comme hier, piètre concentration. Quand j’essaie d’écrire, mes idées se perdent. Quand j’essaie de lire, mes yeux passent sur des mots que je n’enregistre pas, que je n’analyse pas. J’écoute Satie un bout de temps, mais il me déprime. Je change pour des concertos de Vivaldi par Carmignola; c’est mieux.
Entre la bibliothèque et le café, je règle par téléphone le problème avec ma carte de Vélib’ (enfin, j’espère).
Au Starbucks de la place des Gobelins, Nina Simone chante Black is the Color of my True Love’s Hair. Nina Simone que j’écoutais aussi dans ma petite thurne, le soir de mon arrivée à Paris en septembre dernier. (Oui, je travaille parfois au Starbucks. À Paris. J’ai même eu une phase très Starbucks, en novembre dernier. J’y travaille plutôt bien, notamment parce que je peux y siroter une boisson chaude et caféinée. Il faut ce qu’il faut.) Je crois un moment que les deux filles assises à la table d’en face ont un accent québécois; puis non.
Je suis agacée par la rudesse avec laquelle une femme m’a demandé (imposé) de partager ma table au café, par la condescendance de l’employé de Vélib’, par la crise interminable qu’une dame très VIe arrondissement a pétée juste devant moi à la caisse du Monoprix, autour de ses droits et de respect des clients et tout et tout (pour une broutille, vraiment),  retardant tous ceux qui la suivaient. Dans son énervement, elle a oublié sa carte bleue dans le lecteur.  La caissière a couru derrière elle pour la lui rendre, sans la récompense d’un merci.  Je suis agacée de devoir essuyer les sièges et/ou flusher avant de m’asseoir aux toilettes. Il y a des cons et des impolis partout, je sais bien. Mais ces jours-ci, les cons et les impolis français m’indisposent tout particulièrement.

            J’ai toujours pour résolution de réapprendre à aimer ma vie parisienne, mais ça devra probablement attendre que la fatigue du voyage et du décalage horaire se soit dissipée. Un jour par heure de décalage, c’est bien ça?

En soirée, je vais voir Un Prophète au Studio Galande. Le film est à l'affiche depuis plusieurs mois déjà, mais je n'étais pas trop tentée. J'ai fini par me laisser influencer par tous les commentaires élogieux de part et d'autre de l'Atlantique. Ils ont probablement raison, mais moi aussi: c'est excellent dans son genre, mais ce genre, très dur, n'est pas du tout ce que j'ai envie de voir ces temps-ci. Le film se clôt sur la chanson de Mac The Knife dans l'Opéra de Quat'sous.
Boulevard Saint-Germain, au coin de la rue Saint-Jacques, on a accroché des lumières de Noël bleues en forme de feu d'artifice qui s'illuminent du coeur vers l'extérieur pour imiter l'explosion. C'est charmant; je souris. Je me demande jusqu'à quand ils laisseront toutes ces lumières de Noël dans le Ve arrondissement. Longtemps, j'espère.

lundi 11 janvier 2010

Réapprendre Paris

Je tâche de remettre la machine en marche. Doucement.

D'abord, reprendre la routine. C'est pourquoi le marché hier, la course ce matin dans un Jardin du Luxembourg dont plusieurs sections étaient mystérieusement fermées (la faute à l'unique centimètre de neige au sol?), la matinée à la bibliothèque de l'ÉNS malgré la féroce envie de dormir. Dans la bibliothèque, il fait froid; je dois garder mon manteau d'hiver. J'ai par contre repéré des tables de travail sous lesquelles il y a des calorifères et je me promets bien de m'installer à l'une d'elles demain. On est nettement mieux à la belle bibliothèque de la Sorbonne, où je passe une partie de l'après-midi. L'horaire de la semaine se remplit peu à peu d'apéros avec les copines, d'une soirée au Club d'oenologie. J'irai au cinéma les autres soirs. Occuper les soirées, très important.

Le gratin de céléri-rave et courge butternut cuisiné à l'oeil, couvert du reste du gruyère d'alpages que nous avions rapporté de... Gruyères, est au four.

Cette semaine, je tâche de réapprendre le plaisir d'être ici.


La salle de lettres de la bibliothèque de l'ÉNS. 
Aujourd'hui, je travaillais dans une autre salle, très récente et au style très contemporain, mais je voulais vous montrer celle-ci. Et je n'ai pas de photo de l'autre.

Poser les valises

J'ai atteint le 3e Rataud à midi moins cinq, en retenant difficilement les larmes. Pas le temps de passer chez Franprix. Heureusement, il me restait un petit contenant de lait UHT pour le café du lendemain. J'ai foncé au marché, en bonne partie pour me réconforter. Les monsieurs des pommes y étaient. C'était bon d'être reconnue, saluée. Je n'étais jamais allée aussi tard au marché; les files étaient interminables. J'ai eu amplement le temps de manger une grosse Jonagored avant que mon tour arrive au mon stand de fruits et légumes bio que je préfère. J'ai pris les indispensables bananes, de quoi me faire des salades, des légumes pour une chaudrée de courge.

Ma grande casserole a disparu. Ma copine D, que j'avais invitée à se servir de mon modeste attirail de cuisine et de ma chambre pendant mon absence, se confond en excuses: elle se l'est fait voler, de même que son nouveau mélangeur et quelques aliments. Toujours aussi sympas, les Normaliens. Dommage pour ces potages que nous nous réjouissions tellement de nous préparer cet hiver. Il me faudra aussi racheter une casserole, qui sera nécessairement plus chère que la première, payée 8 euros (si je me souviens bien) dans un vide-grenier: ce n'est plus la saison des vide-greniers et je vais devoir investir dans du neuf. Tant pis.

Ce qui est particulièrement douloureux, ce sont les traces et les souvenirs de notre vie à deux ici: les tiroirs et les tablettes qu'il utilisait, maintenant vides; le futon acheté pour son séjour, que je n'ai plus besoin de déplier.

Après une sieste et un peu de lecture, j'arrivais à peu près à parler sans trémolos dans la voix. J'avais tout de même juste envie de me terrer, seule avec mon chagrin. D a bien fait de m'inciter à sortir. Grâce à elle et au petit italien du coin, j'ai tout de même passé une bonne soirée.

dimanche 10 janvier 2010

De retour

Je suis repartie; seule.

À l’aéroport, une fois les bagages enregistrés, nous avons pris un verre. Le vin passait mal, après les excès de la veille. Que dire, pendant ces dernières minutes que nous passons ensemble? À peu près tout semble banal et je tais le reste pour ne pas faire sauter la borne-fontaine.

Au moment de passer en zone internationale, nous nous sommes embrassés encore plus fort que la dernière fois. J’ai pleuré encore plus fort que la dernière fois.

Je me sens vide, drainée par les larmes. Je tire de mon sac L’Almanach des exils, un achat impulsif fait mercredi dernier. En ressortant du Renaud-Bray de l’avenue du Parc, je l’ai trouvé sans l’avoir cherché; j’ai été charmée par la couverture, puis par le principe.  Avec lui, j’emporte un peu de Montréal  avec moi. Et puis il me donne le goût d’écrire.

Avant même le décollage, je gâche mon souper avec le muffin son bleuets framboises acheté chez Java U. Je n’ai pas pu résister à l’envie de me payer un dernier vrai muffin avant le départ, mais il me déçoit : il est trop sucré, il goûte le gâteau – précisément ce que je reproche aux muffins parisiens – et après coup, il me donne mal au ventre.

Je me sens encore moins sociable qu’à l’habitude (c’est tout dire). Le pauvre garçon d’Ottawa que j’ai pour voisin tente à trois reprises d’engager la conversation. Mes réponses laconiques et mon regard fuyant finissent par l’en décourager. Sa bonne tête d’anglo, sa bonne humeur type moniteur de camp de vacances et sa chemise turquoise m’irritent. (À l’atterrissage, d'ailleurs, il ne se retournera pas vers moi, ne me souhaitera pas bon séjour, et ce sera très bien ainsi.)

On nous annonce que le trajet durera deux heures de plus que prévu. Mauvais temps quelque part? Je crains de ne pas arriver à temps pour passer au supermarché avant midi, l’heure de fermeture dominicale des commerces alimentaires. Les vendeurs de pommes chez qui je me procurais mon sac hebdomadaire de Jonagored en automne seront-ils toujours au marché de la place Monge?

Ce qui me manque déjà (à part mon Amour) : les crochets derrière les portes des toilettes publiques, la musique dans les cafés et les restos, la lumière dure des matins de froid, la lumière douce des matins de neige, la chaleur dans le métro quand il fait froid dehors, notre salle de bain, notre sofa, notre cuisine, le lit recouvert de la catalogne offerte par Maman et qu’elle m’avait emmenée choisir chez la mamie qui l’a tissée, à Courcelles. 

Sur le sol d’Île-de-France, il y a un peu de neige accumulée dans les herbages. On dirait les traces d’un grand dégât de sucre balayé à la hâte. 

Retour à ma vie parisienne.  Le bon côté : cette fois, je n’ai pas à m’adapter, à m’installer, à créer de nouveaux repères. Le moins bon : je n’ai pas droit à l’excitation d’une nouvelle expérience pour calmer le déchirement au cœur.




dimanche 13 décembre 2009

Trois jours en Val de Loire II: de Sancerre à Saumur

Nous voici de nouveau à Paris, après quatre jours à Barcelone, pour célébrer les trente ans de J. Après le pénible retour de Lausanne il y a deux semaines et après nous être gavés de soleil pendant ces quatre jours en Espagne, j'appréhendais ce nouveau retour dans mon non-chez-moi parisien. La soirée au club d'oenologie qui m'attendait un petit quart d'heure après avoir posé les valises a certainement facilité la transition, mais peu importe. L'essentiel est que la transition a été à peu près sans douleur.

J'ai donc maintenant trois voyages de retard sur ce blogue, misère!

Vite, je me replonge dans notre charmante fin de semaine en Val de Loire, dans l'espoir un brin utopique d'être à jour d'ici notre départ pour Montréal, dans très exactement quatre dodos (!).

Second matin; dimanche. Après le copieux petit déjeuner servi dans le gîte où nous avions retenu une chambre (si vous allez sur le site, nous avions la chambre Bottanica [sic]), promenade dans la ville - le village, plutôt. Ils ont eu la bonne idée de peindre sur les pavés une ligne rouge qui permet au visiteur muni de la carte explicative (fournie au bureau de tourisme) de faire sa propre visite guidée, à son rythme. Sympa.








Je ne sais pas trop comment écrire ceci sans être quétaine et tomber dans le cliché, mais voilà: on aura beau lire tous les livres sur le vin, connaître les cartes, rien ne remplace être sur place. J'aimais déjà les vins de Sancerre; dorénavant, ils auront aussi le goût, les arômes de ce petit bourg haut perché avec son château et son coeur médiéval tout entortillé entre les remparts, de ces côteaux de vignes et des routes qui les serpentent.





Nous avons dit un dernier aurevoir à Sancerre et avons pris la route du fameux château de Chenonceau. Enfin, un château dans lequel nous sommes entrés!


Des ooooh! et des aaah! à chaque pièce.

Détail du plancher de tuiles peintes.

Détail d'une armoire - j'ai oublié de quel siècle, mais je dirais Renaissance.


Comme plusieurs monuments que nous avons visités cet automne, le château était partiellement enveloppé pour réparations. Toujours un peu frustrant.

Sur ce qui a d'abord été un pont, une salle de bal toute en longueur

Toutes les pièces du château nous ont impressionnés, mais la partie qui nous a rendus fous est sans contredit les cuisines. La pièce dédiée à la boucherie en partiulier, avec ses couteaux, ses crochets et son grand comptoir de bois, m'a retenue un bon quart d'heure. J'ai beau avoir peu d'intérêt gustatif pour la viande, la boucherie a le don d'exciter mes gènes de chasseur (ah, les étals du boucher, le dimanche matin, au marché de la place Monge! Cuisse de sanglier à la encore pwèlue! Lapin tout juste mort! Volailles avec leurs ailes intactes, les plumes pis toutte! Sans parler des charcuteries, surtout le saucisson en tire-bouchon - mais c'est une autre histoire).
Regardez-moi ce comptoir de boucher!


Le mécanisme du tournebroche (début XXe siècle, faut pas se leurrer).

Je n'oublie quand même pas la pâtisserie.


Julien dans le labyrinthe (pas évident à photographier).

Un petit pont-levis dans l'un des jardins


Aurevoir, Chenonceaux.

Nous avons atteint Saumur après le coucher du soleil. À l''Hôtel de Londres, où nous avions réservé une chambre, l'accueil a été charmant. Selon un article de journal affiché dans le lobby, à la Belle Époque, l'endroit était le plus chic hôtel de la ville, avant d'être très abîmé pendant la Grande guerre, pendant laquelle il a servi d'hôpital militaire. Le couple professionnel et sympathique qui le dirige aujourd'hui l'a rénové et même s'ils sont affiliés à une chaîne, l'hôtel a échappé à l'uniformisation. L'établissement a du caractère, les chambres sont apparemment distinctes et la notre était assez mignonne.  À notre arrivée, le gentil monsieur nous annoncé que puisqu'il n'y avait pas grand monde ce soir-là, il nous surclassait! Après une heure d'exploration ethnologique télévisuelle, nous nous sommes mis en quête d'un dîner, suivant les suggestions et les indications courtoisement données par le monsieur.  Au Grand Bleu, le décor n'était pas sans rappeler celui du Miami Deli, en plus mythologique. Qu'à cela ne tienne, nous nous sommes (encore une fois) régalés de spécialités locales (ce qui est aussi le cas au Miami Deli, quand on y pense bien): potage de champignons pour Julien (70% de la production française de champignons de Paris vient effectivement... de la région de Saumur) et mousseux Gratien Meyer Cuvée Flamme pour moi, puis vin blanc de Saumur et très bons plats de poissons - parole de fille qui adore le poisson mais pas au resto parce que c'est généralement trop cuit.

Une bien chouette journée, ça.