L'idée de base: quitter Paris, voir un peu de pays. Le Val de Loire, avec ses fameux châteaux, situé juste au sud de Paris, était parfait. Que la région comprenne Sancerre, l'une de mes appellations vinicoles préférées, n'était pas pour nuire.
Nous avons quitté la grande ville un samedi matin, avec J au volant de notre Opel Corsa noire de location et moi en préposée à la distribution de pain d'épices tartiné de beurre de pinottes (il y a eu moult miettes et taches de gras sur mes vêtements).
Nous avons rapidement abandonné l'autoroute pour les routes départementales (les D machin, sur la carte), qui sillonnent la campagne et traversent le coeur médiéval des villages.
Premier arrêt : Étampes - moins pour son patrimoine bâti que pour une pause pipi. C'était jour de marché, il y avait foule dans le bar-tabac très vieille France (j'adore quand la réalité dépasse les clichés) où nous a conduits notre quête. Nous avons profité du marché pour faire provision de pommes (farineuses, décevantes) et des figues (savoureuses -- fraîches ou séchées, les figues d'ici sont de loin supérieures à celles qu'on trouve au Québec).
Deuxième arrêt, imprévu celui-là aussi: Courcelles! Quand j'ai vu sur la carte un petit point à peine en retrait de notre route et qui portait le même nom que le village où enseigne ma maman, il a bien sûr fallu que j'aille prendre quelques photos.
Aussi petit que son homonyme québécois, le patelin était désert. Nous n'y avons vu personne, à part l'homme qui a ouvert ses volet pour me demander abruptement ce que j'avais à photographier sa porte. Comme bien souvent depuis mon arrivée en France, accent québécois, sourire et naïveté feinte m'ont été utiles.
Nous avons eu un peu de mal avec la signalisation française, qui déroute (c'est le cas de le dire) l'esprit nord-américain. Un exemple: chez nous, pour indiquer qu'il faut aller tout droit pour se rendre à Bled, la flèche du panneau pointerait vers le haut. Pas ici. La plupart du temps, cette indication est donnée par une flèche oblique vers le bas. L'idée est quelque chose comme: passe sur le point que je t'indique, pis suit l'asphalte. Suis-je claire? En tout cas, ça nous a valu quelques tours supplémentaires de ronds-points. Et quelques erreurs d'aiguillage.
La pause suivante a été commandée par notre estomac. Sully-sur-Loire: enfin la Loire! enfin un château! Nous n'en avons pas visité l'intérieur, mais après le repas, j'ai photographié l'extérieur sous tous les angles. J a eu une patience d'ange toute la fin de semaine avec sa Miss Nikon de fiancée.
Euh oui, j'ai aussi photographié le château pendant le repas.
J'ai accroché le déclencheur. Le pire, c'est que c'est probablement ma photo préférée de ce voyage.
Étape obligatoire à Gien, pour lequel J a un intérêt phonético-familial: petit, son frère François prononçait son prénom "J'ien".
J'ien à Gien
Gien est réputé pour sa porcelaine. Nous nous sommes arrêtés au musée-boutique, tout prêts à investir dans la spécialité locale, mais le style des pièces, que je qualifierais poliment de surrané, nous en a découragés.
À la sortie de Gien, le soleil a paru sous l'averse; la lumière était fabuleuse.
Nous avons atteint Sancerre en fin d'après-midi. Alors que jusqu'à Gien, le paysage était tout à fait plat, le Sancerrois est beaucoup plus accidenté. Le village de Sancerre coiffe une colline abrupte entourée de vignobles des appellations Sancerre et Pouilly-Fumé. Au fond de la vallée, le village minuscule de Chavignol.
Depuis mon arrivée à Paris, je ne passe pas une semaine sans crottin de Chavignol. Quand j'ai découvert que Sancerre et Chavignol étaient voisins, j'ai cru que c'était Noël. Et au bistro ce soir-là, avec mon crumble de chèvre chaud et tomates accompagné de vin de Sancerre, c'était Noël. J lui aussi parle encore avec émotion de la salade de chèvre chaud du Bistro des Damnés.
J'allais oublier: nous avons bien sûr fait provision de vin et de fromage locaux qui ont prolongé le plaisir bien après notre retour.
La suite dans un prochain billet...




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