vendredi 12 mars 2010

Les vendredis des cinq sens (plus un)

J'ai découvert cet exercice charmant sur le blogue Abby try again.  Il consiste à relever les sensations marquantes de la semaine écoulée. J'aime cette façon de revisiter le temps qui vient de passer.


Voir: toutes ces races de moutons, de chèvres, de porcs et (surtout, mes préférées:) de vaches au Salon de l'Agriculture.


Goûter: les légumes rôtis et glacés au gingembre que j'ai cuisinés hier à partir des légumes reçus dans le panier hebdomadaire que je partage avec D. Légumes caramélisés, beurre, miel, gingembre frais. Qui a besoin d'arguments supplémentaires?

Humer: le vin blanc 2008 de Daumas Gassac (Languedoc) dégusté au Club d'oenologie mercredi soir. Dans le verre, les arômes évoluaient à une vitesse incroyable: d'abord très floral (jasmin, rose, un peu de pêche blanche) avec une touche de minéralité, puis de plus en plus minéral, il a finalement développé des notes d'agrumes. Surprenant.

Écouter: "Dreams", des Cranberries. J'ai redécouvert ce groupe il y a quelques jours. Je n'ai pas trop aimé l'adolescence, je n'ai pas la nostalgie des années 1990 (pour dire le moins), mais étrangement, la musique des Cranberries, et "Dreams" en particulier, reste associée à des sentiments agréables.

Toucher -- ou plutôt être touchée: par le soleil sur ma peau, quand je sors au café le midi, après une demi-journée de souffrance devant l'ordinateur. Les dix derniers jours (sauf aujourd'hui), il a fait grand soleil. Tant pis pour la vague de froid qui l'a accompagné, quel bonheur après des mois de grisaille!

Et la sensation bonus, inclassable mais incontournable -- "ressentir", disons: les muscles de mes jambes, quelques heures après l'effort. Une douce fatigue mélangée au goût de repartir, la sensation d'être un bon cheval qui a fait son boulot.

jeudi 11 mars 2010

Choses lues

 
(dans l'Église Saint-Séverin)
 
"Ah, songea le patron en esquissant un rictus amer, s'ils pouvaient tous être comme ça!"
 
(Au cas où vous en douteriez, je sais bien que ce n'est pas le sens que le mec voulait donner à son ex-voto.  N'empêche que sur le coup, le double sens m'a fait éclater de rire.)


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 Au terminal 3 de l'aéroport Charles-de-Gaulle: 

"L'accès de la salle de livraison bagages par cette porte est interdit conformément à l'article 37 de l'arrêté 05-04-979 du 7/11/05. Sanction encourues: 750E pour une personne physique, 7500E pour une personne morale" 

(Je suis peut-être particulièrement cruche, mais dix jours plus tard, je n'ai toujours pas compris comment une personne morale pouvait s'introduire dans une salle de livraison bagages. Quelqu'un peut m'expliquer?)

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Au bas du menu de Fish la Boissonnerie:   "Nous n'acceptons pas les billets de 500E (sauf pourboire)".

mardi 9 mars 2010

lundi 8 mars 2010

Mission accomplie (comme dit Clo)!

Ces derniers jours, je regrettais de m'être inscrite. J'étais tendue, anxieuse, j'avais peur de ne pas y arriver, de faire un mauvais temps. Et surtout, je ne comprenais plus pourquoi je m'imposais cette course. Qu'est-ce que j'avais donc à me prouver?


À Paris, le matin de ce dimanche 7 mars est très froid pour la saison: -2 degrés, un vent mordant du nord-est: de 20 à 30 km/h, des rafales jusqu'à 60. Le "froid" ne me pose aucun problème,  mais c'est le genre de vent qui me fait râler même quand il s'agit simplement de mes dix kilomètres habituels, alors pour 21... Heureusement qu'il y a ce tout ce soleil; c'est déjà ça. Dans ma petite thurne, c'est le déjeuner, l'habillage, l'installation des puces électroniques à nos chaussures et l'épinglage du dossard. Le tout dans avec une fébrilité croissante. Clo semble plus en contrôle que moi. Il faut dire qu'elle a l'habitude du sport de compétition, alors c'est mon tout premier trac causé par le sport.

Dès le quai du RER, d'autres coureurs attentent le train comme nous. À chaque station, d'autres s'ajoutent. Un train de coureurs en route vers le semi-marathon de Paris. Peu à peu, mon anxiété devient une excitation plus joyeuse.

Plus d'un kilomètre sépare la station de RER Château de Vincennes, où nous descendons, de l'édifice où nous pouvons laisser nos sacs en consigne. Habillées pour la course et non pour la marche, nous avons froid, d'autant plus que nous n'avions pas compris que les "t-shirts" de plastique qu'on nous a remis avec le dossard devaient précisément servir à nous protéger du vent avant le départ... nous les avions pris pour des imperméables, alors nous les avons laissés à l'ÉNS.  L'entrée de l'édifice est mal indiquée, entrée et sortie se confondent; c'est la bousculade. Nous devons jouer des coudes pour nous frayer un chemin vers notre vestiaire.

Après la consigne, quelques étirements et un dernier passage aux toilettes, nous atteignons le sas juste à temps pour le départ de notre vague. Par précaution, nous nous sommes inscrites toutes les deux dans le groupe le plus lent, celui des coureurs qui visent un temps de 2h10 ou plus.

Ce départ sans vrai signal - nous ne faisons que suivre le meneur de vague -  me déstabilise un peu, mais à l'approche du portail de départ, à partir duquel mon temps de parcours officiel sera calculé à l'aide du machin fixé à ma chaussure gauche, je suis au bord des larmes. Pas de tristesse, plutôt d'émotion, d'intensité. Nous sommes 27 000 à prendre ce départ! 

Nous entamons la course sans trop nous presser, attentives à ne pas trébucher sur les coupe-vent de plastique que plusieurs coureurs balancent apparemment n'importe où après leur départ. Trois ou quatre kilomètres plus loin, je quitte Clo pour prendre ma vitesse confort. Tant pis si je dois ralentir pendant les derniers kilomètres. Je ne veux pas me défoncer inutilement, mais si je ne cours pas assez vite (c'est relatif, hein: je fais 11,2 km/h en moyenne au cours de la course), je me sens désagréablement lourde. Alors je prends à ma vitesse habituelle et puis tant pis pour la suite. Et là, je m'amuse vraiment. Ma musique - fidèle iPod! - m'entraîne et me colle le sourire au visage: de la trame sonore de Slumdog Millionaire à Mylène Farmer, en passant par Plastik Bertrand, Katerine, Les Trois Accords, Madonna, Feist, Louise Attaque, Violent Femmes, Survivor ("Eye of the Tiger", of course! mais au kilomètre 15, c'est presque dangereux), Yann Perreau, Les Breastfeeders, Jean Leloup , The Cure et j'en passe. Sans compter les spectateurs qui nous encouragent le long des rues, qui crient parfois mon prénom, inscrit sur mon dossard. Certains sont costumés; il y a aussi des pompiers postés sur et autour de leur camion, des petits orchestres qu'il fait plaisir d'entendre pendant quelques minutes, un groupe qui fait courir une tour Eiffel d'environ un mètre de hauteur, portée par l'un d'entre eux. Rue de Rivoli, je remarque une jolie robe dans la vitrine des Filles à la Vanille; il me faudra y retourner.

Aux kilomètres 5, 10 et 15, on distribue de l'eau et des quartiers d'orange. Je passe tout droit au premier poste de ravitaillement, mais aux deux suivants, j'attrape une bouteille, prends quelques gorgées en ralentissant un peu, puis balance le contenant dans une poubelle. Je n'ai pas l'habitude de boire sans m'arrêter; ça ne passe pas très bien.

Comme j'ai été un peu trop conservatrice dans l'estimation de ma vitesse au moment de m'inscrire, je passe l'essentiel de ma course à doubler d'autres coureurs. D'un côté, c'est excellent pour le moral; de l'autre, je gaspille pas mal de foulées, donc d'énergie et de temps, à louvoyer sur le parcours. Mais c'est une partie de la compétition, une autre partie de la course avec laquelle je dois apprendre à composer.

Finalement, le vent me dérange assez peu et il a l'avantage de sécher immédiatement la sueur. À part une crampe persistante au petit doigt gauche (!) et quelques pincements à la poitrine vers la fin (j'avoue qu'ils m'ont causé un brin d'inquiétude, mais mon pouls n'est pas si rapide, alors je m'y fais et ils finissent par disparaître), le tout se déroule sans douleur et dans la bonne humeur.

Sauf les derniers mètres.

Deux ou trois cent mètres avant la fin, je me sens encore plutôt énergique, alors je me lance dans un sprint. Mais environ trente mètres avant le fil d'arrivée, je dois stopper net. Comme tous ceux qui m'entourent. J'arrête immédiatement mon chrono; j'essaie de comprendre ce qui se passe. La rumeur me parvient : le retrait des puces électroniques a lieu juste derrière le portail d'arrivée, les bénévoles ne suffisent pas à la tâche et les coureurs doivent attendre. Un bouchon, avant même d'avoir terminé!

Entre cet arrêt brusque et le moment où j'ai réellement franchi le fil d'arrivée, il s'écoule une dizaine de minutes. Et je le traverse à vitesse de tortue, coincée au milieu d'une foule compacte et qui râle comme seule une foule parisienne sait râler (bon, je l'avoue: moi aussi, je râle). Nos chronos officiels n'auront donc que peu à voir avec nos temps réels de parcours. Mais surtout: pas de franchissement glorieux en hurlant. Pas de sentiment d'avoir tout donné jusqu'à la dernière seconde. Décevant. Très décevant.

Tout de même: une fois la fameuse puce remise, la médaille de participation reçue,  Clo retrouvée tout près de la consigne, je suis extatique. Complètement droguée aux endorphines, j'ai encore envie de sauter partout. La satisfaction et la fierté sont immenses. Il me semble que la course s'est passée tellement vite! 1:54:38 - au moment où j'ai dû m'arrêter, du moins. Je suppose que j'aurais officiellement terminé juste au-dessous d'1h55, si j'avais pu courir jusqu'au fil d'arrivée. 
1h55, c'était justement mon objectif secret, celui que j'avouais à peine à moi-même (sans parler des autres!), de peur de faillir. Je l'ai atteint; j'avoue que je suis maintenant assez tentée de le dépasser. Je l'avais lu dans le guide de course que Julien m'a offert pour Noël sans trop y croire: participer à ce genre d'événement créerait une dépendance. Je commence à être d'accord. J'ai envie de me réinscrire, dans d'autres villes - quelle chouette raison de voyager! -, surtout pour vivre à nouveau ce gros trip d'adrénaline et d'endorphines, et peut-être tenter de faire mieux.

Sur le chemin du retour, je me sens pour la première fois officiellement une coureuse, une vraie. Et après trois années de doctorat à sentir quotidiennement mon insuffisance, mon incompétence, mon imposture,  ces sentiment d'accomplissement et de fierté me font le plus grand bien.

Merci, Clo, de m'avoir entraînée dans cette course et d'y avoir été avec moi; c'était tellement mieux à deux, c'était tellement agréable avec toi!

dimanche 28 février 2010

Fragments de février


Février, où es-tu passé? Les heures passées avec la thèse sont longues, mais les semaines filent.

Ce matin, les vents de Xynthia m'ont empêchée de dormir à force de faire claquer mes volets. Des vents comme j'en avais rarement subis: la pire tempête en France depuis celle de 1999. Des inondations, une cinquantaine de morts. En plus des claquements et des sifflements, il y avait dans le fond de l'air une sorte de grondement, comme le tonnerre en permanence, au loin. C'était un dimanche un peu triste, après une semaine de températures très douces et un peu plus de soleil. Le jet d'eau du bassin aux Ernest et la fontaine de la place de la Sorbonne ont été réactivés. En plus des petites fleurs roses dans certains arbres du Luxembourg, les crocus fleurissent et j'ai même vu des jonquilles toutes frêles dans une plate-bande. Le matin, un vent chaud réveille les odeurs du Paris de mes premières visites, le Paris printanier: du buis, bien sûr, une touche de caoutchouc et surtout une odeur minérale et humide, un peu poussiéreuse mais réconfortante. Peut-être parce qu'elle est celle de vacances passées. Une odeur dont je sais déjà qu'elle me soulèvera l'estomac de bonheur lors de mes prochaines visites.

(Le soulèvement de l'estomac n'est peut-être pas une sensation que tous associent spontanément avec le bonheur, mais moi si. Un certain type de soulèvement d'estomac, en tout cas.)


***

Au fil du blogue, je m'en aperçois: les récits, c'est pas mon fort. Je préfère les listes, les moments choisis, les bribes de souvenirs.  Voici donc quelques fragments de février.


Un lundi midi, dans ma boîte postale, je trouve une enveloppe blanche, format carte de voeux, accompagnée de trois ou quatre cartons de même taille, vierges eux aussi. Mystère.


J'ai enfin noté la composition du fameux mélange d'épices pour pain d'épices, que demandent tant de recettes françaises: cannelle, anis vert, gingembre, muscade, girofle.


Au fil d'une conversation avec J, nous concluons que la meilleure façon de décrire la nuance de jaune de mon fameux nouveau pull est probablement jaune moutarde, plutôt que jaune d'oeuf. Le lendemain, je songe que le signifié de "jaune moutarde" change considérablement entre Montréal et Paris. (C'est jaune moutarde nord-américaine, pour le coup.)


Un samedi, dans une chouette librairie tout en bas de la rue Mouffetard où j'entre pour la première fois, nous sommes surpris par une panne d'électricité. Quelques personnes entonnent les premières notes de  "Joyeux anniversaire", visiblement pour rigoler. Petit choc culturel: l'association noirceur - anniversaire m'est complètement étrangère.

Ce même après-midi, le 13, j'achète mes premières Pléiades (un grand moment, dans une vie de littéraire) : les oeuvres complètes de Roger Martin du Gard. Usagées, mais en excellent état. C'était dans une petite librairie de la rue Claude-Bernard, tout près de l'ÉNS, une vraie caverne d'Ali-Baba comme on les rêve, à l'éclairage jaune et timide, à peine plus grande que ma thurne et chargée de piles de livres qui ne sont classés que dans la tête du libraire. (Désolée, Jacques: pas de pastiches de Sherlock Holmes ici. Je dois continuer de chercher).


Au fil du mois, quelques épingles se sont ajoutées à ma carte de Paris:

 - le Porte-Pot, un bar à vin très sympa:  pierre, poutres apparentes, trame sonore de vieux jazz, longue liste de vins au verre et tapas à la française (charcuteries, fromages, petites assiettes garnies d'entrées ou de bouchées) à partager entre amis.
- le Verre volé, où j'ai soupé avec S, une amie suisse de passage à Paris. Une dizaine de tables sur lesquelles on indique les réservations à l'aide de bons vieux post-it, une ambiance conviviale, une cave très bien garnie. La galantine de lapin farcie au foie gras était excellente, le service un peu raide mais souriant (ce qui excuse bien des choses).
- Sadahuru Aoki, qui offre des chocolats et des pâtisseries de type français - entremets, éclairs, macarons, croissants... - mais aux saveurs du Japon: matcha surtout, sésame, yuzu et autres. Je n'ai pas goûté les chocolats, mais les macarons étaient délicats, en saveurs comme en textures. Mon préféré: celui au genmaicha. Et c'est tout près de l'ÉNS, en plus.
- Gérard Mulot, un pâtissier qui fait de très bons macarons (et autres, j'imagine, mais il faudra y retourner pour savoir). Parmi ceux que j'ai goûtés, celui à la noix de coco était l'idéal du macaron incarné; ceux à la noisette et au caramel salé étaient très bons, avec la fine croûte craquante et le coeur moelleux souhaités. Fruit de la passion - basilic, j'ai aimé le mariage de saveurs, mais c'était trop sucré à mon goût. Celui au chocolat et romarin était bien intense, mais un peu chiche en ganache, et celui au chocolat tout court était très sec.
- Delyan, un salon de thé assez étudiant qui offre l'Internet sans fil (prononcer: "ouifi"), denrée précieuse ici (salon de thé que j'appelle en fait "Deylan" depuis un mois, je viens tout juste de m'en apercevoir - ça s'attrape à l'âge adulte, la dyslexie?).
- Au Père Louis, bar à vin et resto pas trop loin de l'ÉNS, pour changer du Café de la Nouvelle-Mairie de temps en temps (même si je préfère de loin ce dernier).
- L'Avant-Comptoir, un bar à tapas minuscule avec une super ambiance et des petits mets savoureux. On y sert un macaron au boudin noir décadent et des vins à prix doux. Avec D, nous y sommes restées à bavarder, grignoter et boire pendant près de quatre heures, sans voir le temps passer.

En somme: le mois des macarons, auxquels j'ai finalement succombé après plusieurs mois à snober ces petites pâtisseries tellement à la mode, et du vin.  Et je compte bien poursuivre l'exploration dans les deux domaines.

  Les macarons de Gérard Mulot

mercredi 24 février 2010

En rentrant du café

« À votre service, Madame », répond-il, chevaleresque, aux remerciements de celle à qui il a rendu l’objet échappé sur le pavé.

Le sexisme qui perdure ici a au moins cette contrepartie : la persistance – chez certains, chez plusieurs – de la galanterie.

lundi 15 février 2010

Voyez-vous ce que je vois?


Elles sont apparues il y a une dizaine du jours. Je suis étonnée: elles n'ont pas été trop amochées par la semaine dernière, passée sous le point de congélation. D'autres arbustes ont de gros bourgeons vert sauge. À quand l'éclosion?

En ce matin de la Saint-Valentin, le soleil nous a fait une rare visite. Il faisait doux au Luxembourg.

Y marcher me donne toujours la drôle d'impression d'être dans un film au ralenti. J'en profite pour m'arrêter, observer, croquer.


À l'entrée du rucher



Un poirier pour Julien?
  
Les noms des variétés d'arbres fruitiers me ravissent.
À ce qu'il paraît, ce poirier donne des fruits de "taille moyenne, longue queue, peau jaune tirant vers le doré avec des points et des marbrure rousse, chair blanche dure et cassante, astringeante, la réservée pour la cuisson, maturité août".